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8 mai 2010

À la recherches de leurs filles adoptées en France

Des familles coréennes sont à la recherche de leurs enfants envoyés en adoption à l'étranger et elles annoncent sur des sites Web entièrement de langue coréenne, où il est presque garanti qu'aucun adopté irait chercher.

Jane, sur son blog, a traduit une centaine de ces annonces dans ses moments libres en espérant que plus de familles seront réunies. Elle m'a envoyé les deux annonces qui devaient être traduites en français. 

Adoptées coréennes en France, lisez ce qui suit, car c'est peut-être vous qu'on cherche! 

1er avis de recherche



L'annonceur dit que la fratrie a été envoyée en France en 1984, par l'agence Holt, groupe sanguin A.

http://www.holt.or.kr/holt/familysearch/parent_view.jsp?lang=K&stype=C&caseno=A00000380&page=5&name=&year=&spec=&order=&c_no=106006002





On pense que c'est une autre annonce par la même personne.

L'annonce dit que les sœurs sont parties en France ensemble. La plus jeune a une brûlure sur le bras. La photo du bébé est celle de la sœur aînée à l'âge de 1 mois.





Photo de la personne qui a placé l'annonce.

http://www.holt.or.kr/holt/familysearch/parent_view.jsp?lang=K&stype=C&caseno=A00000381&page=5&name=&year=&spec=&order=&c_no=106006002

(Gardez à l'esprit que, parfois, les parents ne savent pas vraiment à quel pays l'adopté a été envoyé. Donc, ça pourrait être en France, peut-être pas.) 

2ième avis de recherche

On cherche encore deux sœurs qui ont été envoyées en France.

http://www.holt.or.kr/holt/familysearch/parent_view.jsp?lang=K&stype=C&caseno=A00000305&page=10&name=&year=&spec=&order=&c_no=106006002

La maman qui cherche ses filles a créé un site web pour laisser savoir à ses filles qu'elle les aime et qu'elle les recherche. http://www.searchformydaughters.eu/ 

À la recherche de mes filles



Choi Ji Yeon and Choi Ji Hee

Numéros de Holt: K85-3776 et K85-3777





C'était une période difficile à l'époque et je travaillais dur pour subvenir aux besoin des jeunes filles, ce qui n'est pas le cas de leur père. Sous la forte pression et ayant été emmenée à croire que les filles resteraient en Corée, j'ai signé le document. Dans cette culture et ce temps, on ne demandait pas l'avis d'une jeune fille. Les hommes et les parents dirigeaient.

Pendant que j'étais partie travailler, le père et sa famille ont envoyé les deux jeunes filles en France, via l'agence Holt, c'est ce qu'on m'a dit plus tard.

Les filles avaient 6 et 3 ans.

C'était à Busan, Corée du Sud, en décembre 1985.

Je n'ai même pas eu le temps de leur dire au revoir.

Choi Ji Yeon et Choi Ji Hee.

Numéros de Holt: K85-3776 et K85-3777.

Cette page a un but, c'est de laisser savoir à mes filles que je les aime, et que je suis à leur recherche, dans l'espoir de les revoir un jour.

Elles m'ont été enlevées.

La douleur est constante.

Je rêve encore de leurs visages.

Et me réveille en pleurant.

Ji Yeon, Ji Hee – S'il vous plait, contactez-moi à:
contact@searchformydaughters.eu

Je suis Sung Gyui Ohk, votre mère biologique; je vis maintenant au Danemark.

5 mai 2010

Plus de 80 enfants adoptés sont abandonnés chaque année

Publié sur le site France-Soir, oar Nicole Korchia, le 3 mai 2010.

Les chiffres sont secrets et tabous en France : officiellement 2 % des adoptions sont vouées à l’échec en France. Mais officieusement, les spécialistes parlent carrément d’un cas sur dix… Notre enquête.

Un terrible constat…

Les échecs de l’adoption, on en parle peu. Pourtant, même en France, des histoires déchirantes d’enfants adoptés remis aux institutions, puis renvoyés dans leurs pays sont fréquentes et bien réelles. Sujet tabou, polémique, aucune statistique officielle n’est mise en avant. Le dossier de l’adoption est trop sensible et le constat de l’échec enfoui sous les centaines de demandes en attente. Si des chiffres de 2 à 3 % d’échec circulent, c’est déjà énorme, car cela signifie que sur environ 4.000 enfants adoptés par an, plus de 80 sont abandonnés chaque année, rendus comme un simple appareil qui ne fonctionne pas !
Qu’advient-il ensuite de ces petits rejetés coup sur coup, par leur famille biologique puis adoptive ? Comment pourront-ils se reconstruire ? Et comment expliquer qu’après tant de démarches et d’attente, des parents adoptifs se révèlent incapables de garder cet enfant tant rêvé ?

Pourquoi ces échecs ?

« Dans le cadre de l’adoption, explique-t-on à l’AFA (Agence française de l’adoption), il y a très souvent l’enfant rêvé et l’enfant réel. Et les deux ne se rejoignent pas toujours. L’adoption est vraiment une greffe qui prend ou qui ne prend pas. » En effet souvent les parents vont bien au-delà de leur projet initial en se disant qu’ils pourront assumer un enfant plus grand, avec un passé psychologique chargé ou un problème physique voire pathologique… Mais au fil des mois, les choses se compliquent… Le docteur Geneviève André-Trevennec, directrice de Médecins du monde, explique : « Il faut faire prendre conscience aux parents de la responsabilité qu’ils ont eue dans leur démarche d’adoption. Ils se sont engagés, c’est comme lorsqu’on a un enfant biologique qui né avec des difficultés, on l’assume et on l’aime jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. »


Que deviennent ces enfants rejetés ?
Lorsque l’adoption plénière a été reconnue, l’enfant reste à jamais lié juridiquement à ses parents. Il est placé par les services sociaux, mais il ne sera plus jamais adoptable plénièrement. Lorsque qu’il est étranger et que son pays d’origine a prononcé un jugement, son pays n’en veut plus. Et s’il n’est pas encore enregistré à l’état civil français, il se retrouve un peu apatride. Cela arrive particulièrement lors d’adoptions individuelles.
Pour éviter cela, des préparations psychologiques à la parentalité adoptive et un suivi des familles sont progressivement mis en place par les organismes d’adoption. « Avec la tendance actuelle de l’adoption internationale qui propose des enfants de plus en plus grands, issus de situations complexes, cela devient vital. Sinon les échecs se multiplieront ! Une famille soutenue et avertie réagit pour ne pas arriver à des situations extrêmes », atteste Geneviève André Trevennec. Mais c’est encore insuffisant et de nombreux signes d’alarmes passent inaperçus. Pourtant, un échec de l’adoption n’arrive jamais du jour au lendemain. Tant de vies brisées dans les premières années d’existence ne peuvent laisser indifférent…

« Plus de 30 % des agréments accordés devraient être refusés »

Le Dr. Pierre Lévy-Soussan est pédopsychiatre, médecin directeur Consultation filiations à Paris.

France-Soir. Qu’est-ce qu’un véritable échec de l’adoption?

Pierre Lévy-Soussan.
Les plus graves sont ceux qui se traduisent par une maltraitance, avec abandon et remise de l’enfant à l’ASE (Aide sociale à l’enfance). Ils vont bien au-delà des 2 % annoncés. Puis il y a les équivalents d’échecs lorsque la situation a dégénéré, à tel point que les parents ou les enfants n’éprouvent plus rien ensemble sauf l’indifférence ou la haine. Les professionnels évaluent globalement ces échecs à 10 ou 15 %. Et c’est énorme…

F.-S. Que faudrait-il faire pour éviter de tels drames?

P. L.-S.
Etre plus sélectif sur les agréments et arrêter l’amateurisme institutionnalisé en matière d’adoption. Un dossier rejeté par la commission peut ensuite être sauvé par un président de conseil général ou un juge. Amateurisme ! N’importe qui peut donc obtenir un agrément. Le taux de refus national est de 10 %, avec 70 % des départements entre 0 et 10 % ! Plus de 30 % devraient être refusés car les régions qui travaillent le mieux ont un taux de refus entre 30 et 40 %. Aucun politique ne veut remettre en question la loi et les enfants en font les frais !

F.-S. Comment agir concrètement?

P. L.-S.
En assumant une sélection efficiente des candidats, en faisant un travail d’appariement des familles : tel enfant pour tel parent, car n’importe quel enfant ne peut pas aller avec n’importe quel parent. Il faut arrêter de s’en remettre au hasard de l’arrivée des dossiers comme le fait l’AFA.

F.-S. Fait-t-on un dossier trop rose de l’adoption par rapport à sa réalité?

P. L.-S.
Bien sûr, et la peopolisation y contribue, l’adoption a une image de conte merveilleux. Les réalités et les difficultés sont mises à l’écart et cela n’aide pas les futurs parents adoptifs qui se retrouvent souvent dépassés par les obstacles qu’ils rencontrent.

F.-S. Une histoire comme celle du petit garçon russe aurait-elle pu arriver chez nous?

P. L.-S.
Non seulement ça aurait pu, mais cela arrive en France. Des enfants qui sont renvoyés avec leur valise à l’ASE cela n’a malheureusement rien d’exceptionnel…

Un acte grave que la justice sanctionne

Le 29 mars 2010, le tribunal correctionnel de Nantes a condamné des parents adoptifs à neuf mois de prison avec sursis pour avoir abandonné en 2004 leurs deux enfants éthiopiens. Adoptés quatre ans auparavant, ils ont été remis à l’ASE quelque temps après la naissance de l’enfant biologique du couple mis en cause. Ils étaient « violents et difficiles », ont expliqué les parents adoptifs qui payaient 400 euros par mois les services sociaux pour leur garde, mais n’exerçaient plus leur droit de visite.

Deuxième histoire : celle d’un couple qui avait adopté un premier enfant chinois puis un deuxième, qui vers 3 ans a manifesté une pathologie médicale. Quand les parents ont entendu le diagnostic, ils ont laissé l’enfant à l’hôpital et sont allés déclarer l’abandon à l’ASE. Bien évidemment, cela a déstabilisé l’aînée qui a pensé que si elle tombait malade, ses parents l’abandonneraient. Le deuxième enfant a été immédiatement placé dans une famille d’accueil remarquable, qui l’a accompagné dans ses traitements et l’a ensuite adopté. C’est une histoire malheureuse qui ne se termine pas trop mal….
Troisième cas : celui de cet enfant né dans un pays de l’Est. Il s’était bien adapté, mais la famille en a fait sa propriété, en l’isolant totalement du monde. En dehors de l’école, il ne voyait personne d’autres que ses deux parents. Un intervenant éducatif chargé de le suivre a fait un signalement judiciaire après constat des faits, parce que les parents refusaient de se faire aider. Résultat, l’enfant a été mis en placement provisoire.
Enfin, plus récemment, une mère est allée chercher une enfant à Haïti après le séisme du 12 janvier, mais ne pouvant assumer cette adoption l’a rendue aux services sociaux le mois dernier. La petite fille est aujourd’hui à la DDASS de La Réunion, abandonnée après moins de trois mois passés dans une nouvelle famille…

28 juin 2009

Le Viêt Nam emprisonne 3 personnes pour trafic d'enfants

Un tribunal dans le nord du Vietnam a condamné trois personnes à la prison pour trafic d'enfants. Les trois ont été reconnues coupables de vente de 12 nouveau-nés au directeur adjoint d'un centre de bien-être social dans la province de Ninh Binh, à 130 millions de dong (7,600$US) entre avril 2006 et mai 2008, quand elles ont été arrêtées.Des 12 bébés vendus au centre de Ninh Binh, six ont été adoptés par des citoyens des États-Unis, de la France et du Canada, cinq ont été transférés au centre de Hoa Binh, et un a été remis à la famille d'une mère célibataire.

Détails dans l'article suivant paru sur le site The China Post, le 27 juin 2009.

Vietnam jails 3 for child trafficking

HANOI, Vietnam -- A court in northern Vietnam sentenced three people to prison for trafficking children in a scheme that sold babies to a welfare center, an official said Friday.

The three were convicted of selling 12 infants to the deputy director of a social welfare center in Ninh Binh province for 130 million dong (US$7,600) between April 2006 and May 2008, when they were arrested, said presiding Judge Vu Duy Ton.
They had solicited infants from unwed mothers and those from desperate families, he said.
The deputy director of the social welfare center, To Van An, committed suicide by jumping in front of a car a month after the arrests.
Vu Quang Dat, former director of a social welfare center in Hoa Binh province, got seven years in prison while his two accomplices received three and five years after the one-day trial on Thursday, the judge said.
Twelve accomplices were handed suspended sentences from two years to two-and-a-half years on the same charges, he said.
Of the 12 babies sold to the center in Ninh Binh, six were adopted by citizens from the United States, France and Canada, five were transferred to the center in Hoa Binh, and one was returned to the family of an unwed mother, the judge said.
Vietnam and the United States, one of the Southeast Asian country's largest recipients of children for adoption, have yet to renew their bilateral adoption agreement that expired in September.
The U.S. Embassy said in a report in April last year that Vietnam had failed to police its adoption system, allowing corruption, fraud and baby-selling to flourish.
The report described brokers scouring villages for babies, hospitals selling the infants of mothers who cannot pay their bills, and a grandmother giving away her grandchild without telling the child's mother.

9 mars 2009

Le côté noir de l'adoption à l'étranger

Meet the Parents: The Dark Side of Overseas Adoption

A Midwestern kid's family believes his birth parents put him up for adoption. An Indian couple claim he was kidnapped from them and sold. Who's right?

—By Scott Carney

Published in MotherJones, Mars/April 2009.

Rencontrez les parents: le côté noir de l'adoption internationale.

Un enfant de la famille du Midwest croit que ses parents biologiques l'ont placé en adoption. Un couple indien affirme qu'il leur a été enlevé et vendu. Qui a raison? - Scott Carney.

Après des heures voûté derrière le volant d'une Kia louée, après avoir survolé au dessus des champs de maïs et des églises d'un petit village, je suis garé sur une rue du Midwest, en essayant de ne pas me faire remarquer. De l'autre côté, un pré-adolescent, habillé d'un short de sport argenté et d'un T-shirt de football, joue avec un bâton dans sa cour avant. Mon cœur bat douloureusement. Je me demande si je suis prêt à changer sa vie à jamais.

Je me suis préparé à ce moment depuis des mois dans la métropole du sud de l'Inde de Chennai, en parlant aux officiers de police vêtus de couleur kaki dans un endroit poussiéreux et en passant au peigne fin des piles de documents de la cour. Les preuves amassées racontent l'histoire déchirante des enfants enlevés dans des bidonvilles indiens, vendus à des orphelinats, et acheminés dans le flot global de l'adoption. Je me suis dirigé sur un cas en particulier, dans lequel la police insistait avoir retracé un enfant spécifique volé en Inde à une adresse aux États-Unis. Il y a deux jours, les parents du garçon m'ont demandé de remettre un message à la famille américaine par l'intermédiaire de leur avocat, à la recherche d'amitié et de communication. Mais après avoir voyagé dans 10 fuseaux horaires pour me rendre ici, je suis perplexe quant à la façon de procéder.

Le dossier beige écorné sur le siège passager contient des éléments de preuve -un paquet de photos, des rapports de police, des échantillons de cheveux et des documents juridiques détaillant le cas qui a croupi dans les tribunaux indiens pendant une décennie. Il y a de bonnes chances pour que personne dans le ménage de cette banlieue n'ait d'indice. J'attends que le garçon aille d'un pas tranquille vers l'arrière de la maison, puis me pousse et sonne.

Une adolescente indienne avec un curieux sourire répond à la porte. "Est-ce que votre mère est à la maison?", je bégaie. Quelques instants plus tard, une femme blonde vient à la porte avec des jeans et un sweat-shirt. Elle me regarde avec méfiance.

Le 18 février 1999, le jour où Sivagama a vu son fils Subash pour la dernière fois, il était encore suffisamment petit pour se tenir en équilibre sur sa hanche. Sivagama -qui, comme beaucoup dans l'État du Tamil Nadu, n'a pas de nom- vit dans le bidonville de Pulianthope de Chennai, un lieu aussi éloigné du Midwest américain qu'il ne l'est distance. Les enfants jouent au cricket dans les rues animées, enveloppés dans l'insupportable humidité qui dérive de l'océan Indien qui se trouve à proximité. Malgré le brouhaha, c'est considéré comme un quartier sécuritaire. Les enfants sont rarement loin de l'œil vigilant d'un voisin.

Alors, quand Sivagama avait laissé Subash près de la pompe du quartier à quelques dizaines de mètres de leur domicile, elle s'imaginait que quelqu'un le surveillerait. Et quelqu'un était en train de le surveillait. Pendant son absence de cinq minutes, dit la police indienne, un homme a probablement entraîné le tout-petit dans un pousse-pousse à trois roues. Le lendemain, Subash a été amené à un orphelinat de la périphérie de la ville qui payait en espèces pour des enfants en santé.

C'était le pire cauchemar de tout parent. Sivagama et son mari, Nageshwar Rao, un peintre en construction, ont passé les cinq années suivantes à fouiller le sud de l'Inde pour Subash. Ils ont employé les amis et la famille comme détectives privés et ont suivi les rumeurs et les faux renseignements provenant d'aussi loin vers le nord que Hyderabad, environ à 325 miles plus loin. Pour financer la recherche, Nageshwar Rao a vendu deux petites huttes qu'il avait héritées de ses parents et a déménagé la famille dans une pièce de béton avec un toit de chaume à l'ombre d'une mosquée. Le couple a également retiré leur fille de l'école afin d'épargner de l'argent; l'épreuve a plongé la famille à partir du somment de la classe moyenne-inférieure dans la pauvreté ferme. Et rien ne les a rapprochés de Subash.

En 2005, cependant, il y a eu un coup de veine. Un flic à Chennai a entendu des renseignements de deux hommes discutant haut et fort à propos de kidnapping dans un bar bondé. En vertu de l'interrogatoire, dit la police, les hommes et deux femmes complices ont admis avoir volé des enfants au nom d'un orphelinat, Malaysian Social Services (MSS), qui a exporté les enfants à des familles de l'étranger qui n'étaient pas au courant. Les ravisseurs ont été payés 10000 roupies, soit environ 236$ par enfant.

Selon un document de la police déposé à la cour, l'ancien jardinier de l'orphelinat, G.P. Manoharan, a explicitement avoué avoir empoigné Subash; les documents saisis à MSS montrent qu'un garçon à peu près du même âge a été admis le lendemain, le même jour où Nageshwar Rao a déposé le rapport de personne manquante. Il a été adopté environ deux ans plus tard. L'acte de renonciation, que j'ai passé en revue avec des documents similaires pour d'autres enfants, est une fraude, dit la police. Les conspirateurs ont changé le nom de l'enfant pour Ashraf, et concocté une fausse histoire, y compris une déclaration d'une mère fictive.

De 1991 à 2003, notent les documents déposés par la police de Chennai, MSS a organisé au moins 165 adoptions internationales, principalement aux États-Unis, les Pays-Bas et l'Australie, gagnant 250000$ en "honoraires".

En supposant que la police indienne ont les faits en ordre, le garçon qu'ils cherchent a un nouveau nom et une nouvelle vie. Il n'a aucun souvenir de sa mère indienne ou de sa langue maternelle. La plupart des adoptions internationales sont "fermées", ce qui signifie que les parents de naissance n'ont pas de droit garanti de prendre contact avec leur enfant, et la confidentialité du processus rend difficile de retracer les enfants qui pourraient avoir été adoptés sous de faux prétextes.

Après que Subash ait disparu, Sivagama est tombée dans une profonde dépression. Dix ans plus tard, elle est encore fragile, les yeux entourés de gros cernes. À la mention du nom de son fils, elle se brise en larmes, tamponnant les coins de ses yeux avec son sari.

"Pourquoi devrions-nous payer comme ça, plaide-t-elle, pour quels crimes?"

Et pourquoi un orphelinat bondé conspirerait-il pour voler des enfants des rues? Peut-être que Subash était considéré comme particulièrement adoptable en raison de sa peau claire et de sa bonne santé. À Chennai, dans l'espoir d'en savoir plus, je négocie me petite Hyundai noire passé un incessant flot de camions, de pousse-pousse de bétails errants à la périphérie de la ville, où est situé la MSS. Elle a fermé l'orphelinat et ne fait plus d'adoptions internationales, mais gère plusieurs programmes sociaux et une école pour jeunes enfants.

Je m'arrête à l'extérieur de l'édifice de couleur rose vif, sors et regarde à travers la grille de fer forgé. Un homme en chemise blanche fraîche m'intercepte rapidement et se présente comme Dinesh Ravindranath, un nom que je reconnais du rapport de police qui le liste comme un complice de l'enlèvement. Il dit qu'il administre la MSS depuis la mort de son père en 2006. Il est aussi l'avocat de la MSS.

Ravindranath me raconte que l'enquête de son organisation, qui a fait les manchettes en Inde, a éclaté hors de proportion; c'est lui la véritable victime. Il prétend que la police a utilisé leur enquête pour extorquer de l'argent de l'institution. "La loi dit que nous ne pouvons pas demander trop de choses à propos de l'histoire d'une femme qui veut donner son enfant en adoption, il nous faut donc accepter les enfants en toute bonne foi", dit-il.

Mais les actes de renonciation obtenus par Mother Jones portent les signatures des officiels de la MSS aux côtés de ceux des présumés ravisseurs qui ont admis leur avoir livré plusieurs enfants sous différents alias. Quand je fais pression sur Ravindranath à propos des frais que les suspects ont dit avoir reçus de la MSS, il prétend que la situation a été mal interprétée. "Nous donnons aux femmes 2000 ou 3000 roupies [environ 47$] quand elles viennent ici par charité, et non comme des frais pour l'enlèvement", dit-il. "Cela se passe partout dans le monde. Nous ne sommes que des boucs émissaires."

Les problèmes avec l'adoption sont certainement très répandus. Au cours de la dernière décennie, les scandales à Delhi et dans les États indiens du Gujarat, Andhra Pradesh, Maharashtra et Tamil Nadu, ont exposé des violations graves du protocole de l'adoption et des revendications des parents qui ont perdu des enfants dans des familles à l'étranger. La promesse des frais d'adoption lucratifs motive des orphelinats à créer un approvisionnement régulier d'enfants adoptables. (Il en coûte environ 14 000$ pour emmener un enfant aux États-Unis en provenance de l'Inde, n'incluant pas les frais habituels de 3500$ pour l'orphelinat.) Dans les cas les plus graves, les agences autrefois respectées, se font emballer dans la traite d'enfants, et les familles américaines bien intentionnées ne réalisent jamais qu'ils ne sont pas en train d'adopter un enfant, ils en train d'en acheter un.

Les scandales ne sont pas limités à l'Inde. En 2007, les employés de l'organisation caritative française, l'arche de Zoé, ont été arrêtés, essayant de partir du Tchad avec 103 enfants qu'ils prétendaient être des réfugiés de guerre soudanais; la police a établi plus tard que la plupart des enfants avaient été volés des familles au Tchad. Dans la province Hunan de la Chine, on a découvert une demi-douzaine d'orphelinats ayant acheté près de 1000 enfants entre 2002 et 2005, beaucoup d'entre eux se sont retrouvés dans familles à l'étranger. Le printemps dernier, une équipe d'ABC News a découvert que certaines institutions de la région achetaient encore ouvertement des enfants pour 300$ à 350$.

En 2006, les observateurs des célébrités étaient rivés sur l'adoption par Madonna, d'un orphelinat du Malawi, de David Banda, un enfant qui n'était en réalité pas un orphelin. Plus récemment, en janvier, les employés de l'agence d'adoption d'Utah, Focus on Children, ont plaidé coupables à une accusation de fraude et de violation en matière d'immigration; selon un acte d'accusations fédéral, ils avaient importé au moins 37 enfants samoans pour l'adoption après avoir trompé les parents de naissance et avoir dit aux parents adoptifs prospectifs que les enfants étaient orphelins ou abandonnés. "C'est une industrie pour exporter des enfants", explique Sarah Crowe, directrice de communication de l'UNICEF pour l'Asie du Sud. "Quand les agences d'adoption se concentrent d'abord sur les bénéfices et non sur les droits de l'enfant, ils ouvrent la porte à des abus flagrants."

La Convention de La Haye sur l'adoption internationalequi traite ce type d'exploitation à des fins criminelles, a été ratifié par 50 pays -les États-Unis l'ont signé en 2007- mais le pacte est inefficace, selon David Smolin, un professeur de droit à l'Université Samford de l'Alabama qui a adopté deux enfants de l'Inde. "La Haye a elle-même la faiblesse de se reposer sur les pays d'origine de veiller à ce que l'enfant est correctement délaissé," m'a dit Smolin par e-mail. "Les pays d'accueil ne peuvent pas se permettre de simplement prendre la parole du pays d'origine."

Smolin devrait le savoir. Ses enfants adoptives étaient placées dans des orphelinats de l'Andhra Pradesh par leur mère pour recevoir une éducation, une pratique qui n'est pas rare parmi les pauvres de l'Inde. Mais la mère analphabète a été amenée à signer un acte de renonciation par la ruse dès le début et on lui ensuite refusé quand elle a essayé de reprendre la garde de ses enfants. Les filles, de 9 et 11 ans, avaient été entraînées à dire que leur père était mort et que leur mère les avaient abandonnées, mais elles ont éventuellement dit la vérité aux Smolin. L'agence d'adoption américaine a refusé d'examiner la question. Au moment où la famille a retracé les parents de naissance, six années avaient passé, et les filles étaient acclimatées à la vie en Alabama. Bien que les enfants restent ici, les Smolin ont ouvert l'adoption; ils ont rendu visite à la famille indienne et maintenu un contact régulier.

Smolin a depuis réorienté sa carrière juridique, et il est maintenant parmi les principaux partisans des réformes de l'adoption. Le plus grand défaut de la Convention de La Haye, note-t-il, est de ne pas plafonner les frais payés par les pays riches. "Si vous ne limitez pas clairement l'argent, tous les autres règlements sont voués à l'échec", dit Smolin.

Police, avocats et défenseurs de l'adoption en Inde font écho à ce sentiment. "Si vous n'aviez pas à payer pour un enfant, alors tout cela disparaitrait", déclare le surintendant adjoint S. Shankar, l'enquêteur principal dans le cas de Subash (qui a demandé que son nom ne figure pas dans l'impression).

Lorsque la police de Chennai a pour la première fois établi un lien entre Subash aux États-Unis en se basant sur les documents de la MSS, ils ont appelé Nageshwar Rao à la station pour identifier son fils à partir d'une gamme de photos. Il a rapidement choisi un instantané que la police a récupéré d'un dossier d'orphelinat d'Ashraf. Subash était couché sur un lit confortable, habillé comme un enfant occidental, se souvient Nageshwar Rao assis sur une chaise longue en plastique dans sa demeure encombrée flanqué par la fratrie de Subash (Sasala, 17 ans et Lokesh, 15 ans). "Même après près de six ans, je l'ai reconnu immédiatement", dit-il.

Le commissaire de police a été satisfait de l'identification, mais a dit au père d'oublier son fils. Subash était mieux en Amérique. "La police m'a traité comme si je n'étais rien, mais comment puis-je être heureux que mon fils me soit volé?" demande Nageshwar Rao. "Je ne veux pas que mon fils vive toute sa vie en pensant que nous l'avons abandonné."

Au moins, il sait ce que son enfant est susceptible de devenir. Environ 300 adoptions de la MSS (étrangères et domestiques) doivent encore faire l'objet d'enquêtes; les enquêtes de la police au niveau local semblent progresser en réponse à l'attention des médias. L'enquête sur la MSS dans l'ensemble s'est déplacé à une vitesse glaciale, puisqu'elle a été passée de la juridiction municipale à celle de l'état puis à la juridiction fédérale, réduisant de portée à chaque transfert. C'est maintenant avec la Central Bureau of Investigation de l'Inde, qui est sous ordre de cour afin de poursuivre trois cas liés à la MSS où les enfants volés des bidonvilles seraient allés à des familles adoptives - en Australie, aux Pays-Bas et les États-Unis. Ce dernier est le cas de Subash.

Shankar, l'agent en charge, admet que l'enquête de son agence ne fait que gratter la surface du problème. En réalité, une famille qui ne peut pas se payer un avocat pour mener sa revendication de l'enlèvement d'enfant par le biais de la procédure judiciaire verra probablement le cas aller nulle part. "À ce point, tout ce que nous voyons sont des cas vieux de 10 ans", dit le flic costaud aux cheveux gris. Il dit que d'autres orphelinats ont été élevés pour remplacer la MSS. "Mais je n'ai aucun pouvoir d'enquête, ajoute-t-il. "Mes mains sont liées."

Il n'a pas été trop difficile, cependant, d'obtenir l'adresse de la famille américaine dans les dossiers de la Haute Cour de Chennai -elle figure sur le document juridique qui rend l'adoption officielle. Lorsque je dis à Nageshwar Rao que je vais voyager aux États-Unis pour prendre contact avec la famille, il touche mon épaule et me regarde intensément. Il a été très soulagé quand la police lui a dit que son fils était adopté, et non pas victime de la traite dans le commerce du sexe ou vendu à des courtiers d'organes comme il avait entendu. Maintenant, il veut seulement un rôle dans la vie de Subash. Avec les quelques mots d'anglais à sa disposition, il a du mal à exprimer ses espoirs. En faisant des gestes en l'air, vers l'Amérique, il dit, "Family" (Famille). Puis il se pointe. "Friends" (Amis), dit-il.

Deux jours et 8000 miles plus tard, sur un perron avant dans le Midwest, je trouve la communication aussi difficile. Tenant fermement le dossier des preuves, je me présente, avides des bons mots. Le garçon est revenu de l'arrière de la maison et se tient debout à côté de moi; sa sœur est en train d'écouter juste à l'intérieur. Je dis à la maman que nous devons parler, mais pas devant les enfants. Nous nous mettons d'accord pour se réunir ailleurs après que son mari soit rentré à la maison.

Une heure plus tard, dans un parc vide à deux pâtés de maisons, je m'appuie contre mon véhicule de location, vérifiant ma montre toutes les minutes. Enfin, le père arrive. Il ne sort pas mais baisse la vitre pour parler. Il ne semble pas surpris par ce que j'ai à lui dire. "J'ai vu quelque chose à ce sujet dans l'actualité il y a quelques années. Je savais que c'était une possibilité, dit-il, je n'ai jamais été en mesure de parler à mon fils à ce sujet. Ça serait trop traumatisant." Il lance un sourire nerveux, et je lui passe le dossier. Ça comprend la lettre assurant que les parents de Subash ne cherchent pas à réclamer le garçon mais espèrent que sa nouvelle famille s'engagera dans une communication afin que les parents indiens puissent encore faire partie de sa vie. Je demande au père de regarder les matériaux, et nous organisons pour se réunir à nouveau dans 24 heures.

La famille américaine n'a pas passé directement par la MSS. Comme pour la plupart, ils ont utilisé une agence. J'ai visité cette institution, et mes éditeurs et moi luttons avec la question de savoir si nous devrions la nommer ici; il y a de sérieuses questions quant à la conduite des agences d'adoption aux États-Unis sur les cas d'enfants volés qui devraient être abordés ouvertement. Pourtant, nous avons décidé de retenir cette information et autres détails qui pourraient avoir identifié la famille, parce que la vie privée de l'enfant l'emporte sur l'impératif de journalisme de fournir tous les faits.

L'agence basée au Midwest en question a organisé des centaines d'adoptions internationales au cours des années. Juste à l'entrée de ses bureaux -un bâtiment en brique situé en face d'une école primaire- se trouvent un panneau d'affichage débordant de photos usées d'enfants du monde entier. Je trouve la co-propriétaire assise derrière la réception. Elle n'est pas heureuse de faire ma connaissance.

Elle reconnaît qu'elle a suivi les scandales d'adoption dans la presse indienne mais elle maintient que le gouvernement indien a signé tous les cas dont son agence a servi de courtier. Elle va collaborer à une enquête en cas de besoin, mais ne discutera du cas avec moi. Lorsque je demande à la femme pourquoi elle n'a jamais contacté la famille pour les avertir qu'ils pouvaient avoir adopté un enfant kidnappé, elle refuse de commenter.

L'agence n'a jamais été l'objet d'une enquête pour tout ce qui concerne les adoptions internationales, affirme un avocat pour le département d'état qui gère les adoptions, et le Ministère n'était pas au courant de quelque irrégularité que ce soit. Même lorsque les plaintes font surface, l'État a peu de pouvoir d'enquête. "Tout ce que nous avons est la paperasse, explique l'avocat, et nous ne pouvons que regarder la validité de la documentation." Alors que les adoptions de l'Inde ont besoin d'une tenue de dossiers, il n'y a aucune façon de savoir si un document est forgé, ajoute-t-elle; la communication entre les autorités indiennes et américaines sur cette question est pratiquement nulle.

En bref, il n'existe aucun moyen de savoir exactement d'où certains de ces enfants viennent. Au cours de ses 10 ans de mandat dans une agence américaine maintenant connue sous le nom de Families Thru International Adoption, Beth Peterson a travaillé en étroite collaboration avec certains des plus grands et des plus respectés des orphelinats indiens, aidant à organiser des foyers américains pour plus de 150 enfants. Dans le processus, elle en est venue à croire que de nombreux orphelinats sont devenus de facto des entreprises qui se livrent à des activités criminelles. C'est peu probable de changer tant que l'incitation financière reste, dit Peterson, qui dirige actuellement iChild, un site Web d'assistance pour les familles adoptant de l'Inde.

Avant 2002, par exemple, Peterson a envoyé plus de 150 000$ à un orphelinat indien appelé Preet Mandir. Les conditions étaient terribles -trois bébés y sont morts en attendant l'autorisation d'adoption par les clients de Peterson. Et lorsque le directeur de l'orphelinat J. Bhasin a commencé à exiger illégalement des milliers de dollars au-dessus et au-delà des dons habituels, et ne cédait pas les enfants sans les paiements, Peterson a rompu la relation. (Plus tard, elle a déposé une plainte au sujet de Preet Mandir et de son directeur auprès du gouvernement indien.)

Quatre ans plus tard, les reporters de la télévision indienne du réseau d'information CNN-IBN ont approché Preet Mandir en se faisant passer pour des parents adoptifs, et Bhasin leur a dit qu'ils pourraient acheter deux enfants pour 24 000 $. L'histoire a conduit à la révocation de la licence d'adoption de l'orphelinat, mais le gouvernement indien l'a depuis rétablie sur une base probatoire. "Le motif du profit existe des deux côtés", dit Peterson. "Une agence américaine avec qui j'ai travaillé voulait juste savoir que je pourrais leur obtenir un certain nombre de bébés par année, et n'était pas intéressée de savoir d'où ils venaient."

En général, tant que les documents semblent être dans l'ordre, les agences d'adoption américaines ont tendance à ne pas chercher beaucoup plus loin. Children's Home & Family Services Society, l'une des plus importantes agences de l'Amérique, a organisé près de 600 adoptions internationales l'année dernière. David Pilgrim, vice-président des services d'adoption, se dit convaincu qu'aucun des enfants provenaient de source non éthique. "Nous avons soigneusement passé en revue tous les orphelinats que nous avons, à la fois dans le passé et dans le présent", dit-il.

Toutefois, Children's Home Society a collaboré avec Preet Mandir jusqu'à ce que le scandale éclate. Sur la question de savoir si l'une de ces adoptions le concernait, Pilgrim s'arrête. "Nos avocats ont étudié les documents et n'ont pas vu de raison de s'inquiéter", dit-il.

Une journée après ma première rencontre avec le couple américain, nous sommes assis ensemble sur une table de pique-nique dans un parc froid. Des larmes coulent le long des joues de la mère. Je ne peux pas dire si elle est en colère ou a le cœur brisé. Peut-être les deux. "Pour lui, l'Inde n'existe pas", dit-elle.

Le couple me dit que le garçon - à qui ils ont donné un nouveau nom- est leur troisième adoption de l'Inde. Bien que la famille ait utilisé une nouvelle agence dans son cas, le processus n'était pas très différent; ils ont payé 15000$ en frais, et se sont envolés pour l'Inde pour voir l'orphelinat et rencontrer les propriétaires de MSS. "Nous avions eu des embêtements d'adoption", explique le mari. "Les règlements changent tellement. Nous nous sommes penchés sur la Corée et l'Amérique du Sud, mais l'Inde était la plus ouverte" -au sens le moins difficile.

J'ai dit au couple tout ce que je sais à propos de l'affaire de la police indienne - les confessions des présumés ravisseurs, l'âge de l'enfant et le moment de l'admission à l'orphelinat, le faux acte de renonciation, la photo d'identification du père, le document légal de renonciation d'Ashraf dans leur ménage. Mais ils ne sont pas encore convaincus. "Nous avons besoin d'en savoir plus pour y croire", dit le mari. Une preuve d'ADN pourrait être la seule façon de savoir à coup sûr. Mais qu'est-ce que vous dites à l'enfant qui va faire le test sanguin? Et si c'est négatif, comment la famille en Inde sera certaine que les échantillons ont été correctement prélevés?

Une étape intermédiaire pour les deux familles pourrait être de prendre contact. Mais les parents américains n'ont pas décidé où ils en sont. "Nous devons parler avec notre avocat", dit le mari avec un froncement de sourcils. "Nous devons considérer le meilleur intérêt de notre fils. Qu'est-ce que ça lui ferait s'il le découvrait?"

Il n'y a pas de feuille de route pour ce qui vient après. Comme Nageshwar Rao a découvert, il y a peu de volonté politique de poursuivre le vol d'enfants. Avec le passage des années, les limites éthiques croissent plus confuses, même si cela vaut la peine de réfléchir si une morale de prescription serait appliquée dans le cas d'un enfant américain enlevé et élevé dans un bidonville indien.

La Convention de La Haye n'est pas d'un grand recours. Elle n'établit pas de plan si les enfants volés doivent être rendus à leurs parents de naissance, ni ne considère l'impact d'une telle réunion sur un enfant qui n'a aucune mémoire de ses parents. René Hoksbergen, qui étudie l'adoption en tant que professeur de psychologie senior à l'Université d'Utrecht aux Pays-Bas, dit que le garçon devrait entendre l'histoire éventuellement. "La question de l'enlèvement pourrait être dite de différentes manières, mais pas maintenant, l'enfant est trop jeune pour cela", m'a dit Hoksbergen par e-mail. Entretemps, dit-il, les parents américains devraient contacter les parents indiens et leur envoyer des informations et des photos pour les aider à soulager leur douleur. Tant que tous conviennent que c'est le même enfant.

Et c'est là que les choses deviennent encore compliquées. De retour à Chennai, deux mois après notre rencontre dans le parc, je n'ai pas entendu un piaillement du couple américain. Ils ignorent mon suivi des courriels, et Sivagama et son mari sont en détresse. "Vous les avez rencontrés, vous me dites qu'ils sont de bonnes personnes, et vous avez vu notre fils, alors pourquoi ne nous parleront-ils pas?", implore Nageshwar Rao. "Nous savons qu'il est dans un bon foyer. Il n'est pas réaliste pour nous de lui demander de revenir mais laissez-nous au moins le connaître."

Il me pousse à envoyer un autre e-mail aux Américains, celui-ci décrivant plusieurs marques de naissance et une petite cicatrice qui ne sont pas mentionnées dans le dossier que je leur ai donné. Dans la matinée, je trouve une réponse dans ma boîte de réception. Le père adoptif répond que son fils n'a aucune des marques décrites par Nageshwar Rao. "À ce stade, nous ne ferons rien d'autre, conclut-il, s'il vous plaît transmettez nos condoléances à la famille. Nous comprenons ce qu'ils doivent traverser et quel coup ce sera pour eux."

Quand je partage cette information avec le surintendant du député Shankar, le flic est sceptique. "Ils pourraient mentir, ou peut-être que les marques de naissance ont disparu", murmure-t-il pensif. "Nous n'avons aucun doute que nous avons fait l'appariement, tout pointe dans la direction [de la famille américaine]."

En outre, dit-il, l'affaire pourrait bientôt être réglée une fois pour toutes - une demande d'Interpol faite à son agence en août dernier pour des échantillons de sang et des cheveux de l'enfant a finalement atteint le bureau du procureur général des États-Unis. De là, ça pourrait se détourner vers le FBI pour le suivi.

Même cela n'est pas une garantie. Si le couple décide de lutter contre une demande de FBI, un bon avocat pourrait probablement lier la question jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge adulte - dans lequel cas, toute décision en la matière reviendrait au jeune homme.

Mais Nageshwar Rao demeure optimiste. Il continue avec ses randonnées habituelles vers un immeuble de bureaux près de la Haute Cour, où il échange du travail manuel pour la représentation de l'un des meilleurs avocats de Chennai. Il monte les marches de béton vers un bureau à l'arrière, passant les fenêtres à verre poli où des greffiers classent des centaines de mémoires, générant des piles de documents plus grandes que l'homme. Enterrées quelque part dans cette mer de papiers, se trouvent les pétitions qu'il a déposées au nom de son fils perdu.
Marchant à grands pas dans le bureau animé, il demande au premier greffier qu'il voit s'il y a eu des nouvelles de l'Amérique.

Scott Carney est un journaliste basé à Chennai, en Inde. Cette histoire a été financée en partie par le Fonds pour le journalisme d'investigation.

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Suivi de ce cas sur le blog Scott Carney. Meet the Parents: When Adoption Means Kidnapping

28 janv. 2009

Des enfants adoptés, déracinés et qui souffrent

Du site ouest-france.fr, le 17 juin 2008.

Les spécialistes qualifient de « troubles de l'attachement » une pathologie qui survient au cours des deux ou trois premières années de la vie. Elle concerne, pour une très large part, des enfants adoptés et peut se révéler au fil des ans. :

Parents, éducateurs, spécialistes sont déconcertés par les « troubles de l'attachement » qui s'emparent de certains enfants adoptés. L'association Petales fédère et soutient les parents concernés.

C'était un gamin enjoué, peu avare de risettes au temps du berceau. Et puis, les années passant, sa métamorphose comportementale s'est accomplie. Il est devenu impulsif, accaparant, incapable de contrôler ses humeurs et ses pulsions.

Manipulateur, parfois violent ¯ envers les autres mais aussi envers lui-même ¯ le gosse adorable d'hier s'est mué en un « empoisonneur » dont parents et éducateurs ont un mal fou à comprendre et gérer les écarts de conduite, à la maison, à l'école ou, plus tard, au travail.

Les pédopsychiatres qualifient de «troubles de l'attachement» cette pathologie qui survient au cours des deux ou trois premières années de la vie. Elle concerne, pour une très large part, des enfants adoptés.

D'une manière générale, des jeunes qui, pour des causes diverses (naissance prématurée, hospitalisation de la mère, séparation des parents...), ont mal vécu une rupture avec leurs parents biologiques.

Une réunion interrégionale à Angers

L'association Petales France (1) connaît le problème: 95% de ses centaines d'adhérents sont des parents adoptifs. Elle organise, le 21 juin, à Angers, une réunion interrégionale sur ce thème douloureux. Elle aura lieu de 13h30 à 17>h, au parc de loisirs du lac de Maine.

« Pour l'instant, hélas, il n'y a pas de solutions pour ces enfants qui souffrent», commente la Bretonne Marie-France Gicquel, en évitant pudiquement d'entrer dans les détails de son drame personnel.

La « théorie de l'attachement », dont elle relaye les principes pour aider les autres à mieux comprendre, c'est le pédopsychiatre anglais John Bowlby, mort en 1990, qui l'a établie.

« La construction des premiers liens entre l'enfant et la mère répond à un besoin biologique fondamental, écrivait-il. Et, s'ils ne sont pas construits durant les douze premiers mois de la vie de l'enfant, son développement et son humanisation sont en péril.»

Des carences affectives précoces, des traumatismes liés à la négligence ou à une rupture de ces premiers liens gomment donc chez l'enfant «le sentiment de baigner dans un environnement favorable et protecteur» et font émerger chez lui, a contrario, l'idée d'un abandon.

Du coup, explique Marie-France Gicquel, «on assiste chez lui à d'étonnantes métamorphoses. Il fabule. Il ment. Il provoque parfois des punitions en jouant aux victimes. Il est capable de violences et d'automutilations. Les éducateurs, qui s'interrogent sur la signification de ces comportements, ont souvent tendance à incriminer les parents, sans connaître les drames intérieurs que ceux-ci vivent, impuissants...>»

Les groupes d'entraide de Petales France s'évertuent à briser justement l'isolement des parents. La réunion d'Angers contribuera à rechercher des solutions susceptibles de déboucher sur des soins adaptés aux enfants. Faute, aujourd'hui, d'une thérapie efficace.

Alain GUELLEC.

(1) Le sigle Petales signifie Parents d'enfants présentant les troubles de l'attachement : Ligue d'entraide et de soutien. Contact : www.petalesfrance.fr/index.html ; BP 50 132, 02303 Chauny Cedex ; tél. 03 23 39 54 12.

Articles reliés:

Le message- blog Enfants adoptés à risque de TDAH et autres troubles mentaux (Adopted Children at Risk for ADHD, Other Mental Disorders).

15 oct. 2008

Au Cambodge, l’adoption reste souvent monnayée

Publié le 22 septembre 2008, dans La Croix.

La France et le Cambodge ont fixé des règles précises pour les adoptions internationales. Mais les deux pays les appliquent mal.

Assise entre les poteaux de sa maison sur pilotis, Bopha (1) extirpe d’une pochette plastifiée la photographie de son fils de 7 ans. Sur l’image, Sothy, vêtu d’un kimono blanc de karatéka, semble heureux.

La famille française à qui cette Cambodgienne de 38 ans a confié son enfant l’an dernier en vue d’une adoption lui a fait parvenir cet album cet été, en l’informant que le petit était scolarisé. Mais son fils oublie peu à peu sa langue maternelle et ne peut plus communiquer avec sa famille d’origine, qui ne maîtrise pas le français.

«Je suis contente. Comme je suis pauvre, mon fils aura un meilleur avenir en France», explique-t-elle en terminant sa vaisselle. Elle et son mari travaillent la terre dans un village situé à 100 km de Phnom Penh.

Il y a trois ans, ils avaient confié Sothy à un orphelinat proche de la capitale cambodgienne. Ils disent qu’ils avaient du mal à s’occuper de leurs cinq enfants. Ils ont placé un deuxième enfant dans cet orphelinat tristement connu pour des affaires de corruption et d’abus d’enfants. Ils aimeraient qu’il parte, lui aussi, à l’étranger.

«Pour le départ de Sothy, nous avons organisé un grand banquet. Nous avons invité les bonzes », poursuit la mère qui en garde un souvenir heureux. La famille française a participé à cette grande fête. « Elle nous a donné 1 000 dollars », précise Bopha, qui se défend d’avoir vendu son enfant. « C’était juste une aide. » Elle reconnaît que cette somme est énorme pour une pauvre famille de paysans cambodgiens. Elle a pu acheter du riz et deux veaux.

Un processus qui incite à l'abandon

Le voisinage et les proches sont tous au courant du grand voyage du petit Sothy. Ils se disent qu’il est plus heureux dans une famille à l’étranger qu’à l’orphelinat. Ses voisins, assis autour d’elle pour écouter la conversation, opinent du chef.

Que va-t-elle faire de ses deux autres enfants en bas âge? Va-t-elle les abandonner également ? « Mais non », grogne son mari, à moitié endormi dans un hamac, cigarette au bec. « Nous allons réfléchir », corrige la mère.

L’adoption est censée être une mesure de dernier recours lorsque le maintien dans la famille n’est plus possible. Un enfant a avant tout besoin de l’amour et de la confiance de ses parents pour se développer et s’épanouir : c’est ce qu’avait rappelé la secrétaire d’État aux droits de l’homme, Rama Yade, en visite officielle au Cambodge en avril.

Aurait-on pu aider et responsabiliser cette famille pour éviter le transfert de son enfant en établissement, puis vers ce couple de Français? Pas facile au Cambodge, où les services sociaux pour détecter les familles vulnérables sont peu développés.

Une petite fille "achetée" pour 12,5 dollars

À quelques kilomètres de la maison de Bopha, une petite fille a été « achetée » pour 12,50 dollars à sa naissance, à la suite du divorce de ses parents. « La police a conseillé de confier la moitié des enfants au père et l’autre moitié à la mère. Le père a vendu une fille, explique la tante de l’enfant. Le chef du village n’a rien dit puisque un accord avait été trouvé avec une famille adoptive. »

La France et le Cambodge ont ratifié la convention de La Haye pour éviter les procédures d’adoption obscures. Ce texte indique que les consentements des parents ne doivent pas être obtenus « moyennant paiement ou contrepartie d’aucune sorte ».

Par ailleurs, Sothy a quitté le Cambodge en mai 2007, au moment où les procédures d’adoption ont repris après quatre années de suspension. Mais à partir de cette date, les Français n’avaient plus le droit de rechercher un enfant par eux-mêmes dans le pays et de demander directement l’accord des parents biologiques en vue d’une adoption. C’est pourtant ce qui s’est passé avec Sothy.

Dès lors, pourquoi son départ a-t-il reçu l’accord des autorités françaises ? L’ambassade de France au Cambodge assure n’avoir « aucune trace d’un visa délivré par (ses) soins au nom de cet enfant ». Ses parents cambodgiens et un responsable de l’orphelinat où il a séjourné deux ans durant confirment pourtant son départ en France et son lieu de résidence actuel.

Depuis que de nombreux pays ont suspendu les adoptions avec le Cambodge à la suite de la révélation de vastes scandales au début des années 2000, beaucoup d’associations cambodgiennes estiment que le trafic d’enfants lié aux adoptions internationales a diminué, du fait d’une chute de la demande.

Mais les autorités locales, souvent corrompues, n’ont jamais arrêté ni jugé un seul auteur de trafic dans des affaires d’adoption.

57 % des "orphelins" avaient au moins un parent en vie

Dans ces conditions, la falsification de certificats de naissance ou d’abandon reste possible. Michael Weiss, responsable d’un orphelinat dans la banlieue de Phnom Penh, s’en est rendu compte il y a deux ans.

À cette époque, il soutenait financièrement un établissement géré par une équipe cambodgienne. « Pendant les vacances, des enfants disparaissaient, raconte-t-il. Leurs copains nous ont dit qu’ils étaient rentrés à la maison. Mais comment des orphelins peuvent-ils rentrer chez eux ? Nous avons enquêté. L’âge, la situation de la famille et beaucoup d’autres informations figurant sur les papiers officiels étaient erronés. »

Le contrôle qu’opère la France sur les dossiers des enfants cambodgiens qu’on lui propose actuellement à l’adoption est uniquement administratif.

Beaucoup d’ONG craignent qu’une levée de la suspension des procédures relance en fait les abus et gonfle les effectifs dans les orphelinats. D’après une enquête de l’ONG Holt, réalisée en 2005 auprès de 7 000 enfants dans des orphelinats cambodgiens, 57% d’entre eux avaient au moins un parent en vie.

Les Pays-Bas, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont choisi de ne pas reprendre les procédures avec le Cambodge pour le moment.

Jérôme BORUSZEWSKI, à Phnom Penh

(1) Tous les noms ont été modifiés

Après les abus, l'adoption française reprend au Cambodge

Par Zineb Dryef, Rue89, le 2 octobre 2008

La France bannit désormais les démarches individuelles, mais ne se donne pas les moyens d'aider les familles sur place.

(De Phnom Penh) Au bruit de la porte qui s'ouvre, le directeur de l'orphelinat se réveille lentement puis, avec empressement, reboutonne sa chemise. Il tend sa carte de visite, puis se redresse: « L'adoption... mais vous venez d'où? » « De France ». Dans cet orphelinat de la périphérie de Phnom Penh, comme ailleurs, les responsables affichent le même air embarrassé lorsqu'un Français évoque les questions d'adoption.

La France expérimente en effet une politique nouvelle en la matière au Cambodge. Après une décennie d'abus et de scandales, Paris a suspendu toute adoption dans le pays en 2003. Plusieurs enfants, dont les parents étaient encore vivants, avaient été adoptés par des étrangers. Les nourrissons, principalement des filles, étaient abandonnés contre de l’argent ou plus simplement kidnappés.

Le 8 juin 2006, un protocole de coopération sur l'adoption a donc été signé entre la France et le Cambodge, lequel a permis une réouverture « progressive et sécurisée des adoptions », selon le Quai d'Orsay. Cet accord a notamment mis fin aux procédures individuelles, en imposant aux candidats à l'adoption de passer par l’Agence française de l’adoption (AFA) créée en 2006 ou auprès du seul OAA (organisme autorisé pour l'adoption) impliqué au Cambodge, « les Amis des Enfants du Monde».

Un protocole pour limiter les abus

Par ailleurs, depuis le mois d'août, la première volontaire de l'adoption internationale s'est installée à Phnom Penh pour deux ans. Ces « Peace Corps à la française » voulus par Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, ont pour mission de favoriser l'adoption et de venir en aide aux ONG spécialisées dans la protection de l'enfance. Une réforme annoncée en grande pompe l'été dernier dans la foulée de l'annonce de résultats catastrophiques pour l'AFA: en 2007, avec 3 162 enfants adoptés, les adoptions françaises dans le monde ont chuté de 20,6%.

« Ah, les Français! Avant 2003, ils étaient partout, c'était le temps des combines », se souvient M. Toui, gérant de Guesthouse: « Ils s'installaient dans les hôtels, parlaient d'adoption tout le temps et, surtout, ils voulaient aller trop vite. » L'homme sourit en racontant les histoires de couples faisant le tour des orphelinats pour « choisir » leur bébé ou de ceux qui déboursaient jusqu'à 10 000 dollars pour tenter de concurrencer les Américains.C'est fini maintenant. Les adoptants français viennent quand c'est leur tour.

Avec les nouvelles procédures, la famille doit désormais attendre -parfois plusieurs années - que les agences et les autorités cambodgiennes procèdent à un apparentement - proposition d'enfant. Elle peut alors se rendre sur place pour boucler l'adoption (passeport et visa) et récupérer l'enfant.

La concurrence étrangère

Au Cambodge, en 2007, 26 visas ont été accordés pour des enfants adoptés par des familles françaises. Depuis le début de l’année 2008, ce sont 12 visas qui ont été accordés. A titre de comparaison, 163 enfants ont été adoptés par des familles italiennes en 2007 et 147 en 2006. Contre 26 adoptions françaises en 2006. Comment expliquer cette différence?

L'une des six agences italiennes dédiées à l'adoption au Cambodge, le Centro Italiano Aiuti all'Infanzia (CIAI), passe pour être l'une des plus sérieuses. Antonio Piccoli, responsable de l'organisation, précise d'emblée que la première mission du CIAI est de protéger les enfants cambodgiens. Deux personnes s'occupent des affaires d'adoption et le CIAI en finalise moins de dix par an. L'agence ne travaille qu'avec un seul orphelinat public par mesure de précaution:

On sait d'où ils viennent ce qui n'est pas le cas dans tous les orphelinats cambodgiens. On respecte les lois italiennes et cambodgiennes. Elles sont plutôt strictes et c'est mieux comme ça. Les adoptions individuelles sont interdites, il faut passer par une des agences italiennes.

Reste que, pour l'heure, l'adoption au Cambodge est suffisamment opaque pour dissuader les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la Suède. Rien n'a changé, accuse de son côté Naly Pilorge, la directrice de la LICADHO, l'une des plus importantes organisations de défense des droits de l'Homme du pays. Plaintes à l'appui, elle dénonce le trafic d'enfants dont le Cambodge souffre toujours:
Le problème de l'adoption au Cambodge, c'est que le système est fondé sur la demande. Les familles et les agences réclament des enfants; les orphelinats se mettent à leur recherche. Depuis les années 2000, le gouvernement dit que ça va changer mais il ne suffit pas de légiférer. Tout le système est à revoir: il faut des bases de données, du personnel formé, une autorité centrale. Aujourd'hui, on ne sait même pas combien d'enfants sont adoptés!
Depuis le début de l'année, la Licadho a enregistré 4 cas de trafic d'enfants en vue d'une adoption. A titre de comparaison, 2 cas de trafic sexuel et 3 de trafic d'enfants pour le travail ont été notés. Naly Pilorge précise que les chiffres sont très en-deça de la réalité puisque les gens ne se précipitent pas pour se plaindre à la Licadho. Ce sont des cas isolés.

Malgré plusieurs coups de fil passés au ministères des Affaires sociales, aucune réponse chiffrée ne nous a été transmise. Il y aurait en fait environ 250 adoptions internationales par an. Les principaux pays d'accueil sont l'Italie, l'Autriche et la France. Dans les années 2000, plus de 2000 adoptions étaient finalisées chaque année. En tête, les Américains. Une époque dont un diplomate européen estime qu'elle a été catastrophique pour le pays:

Il y avait des milliers de nourrissons dans les orphelinats. On ne sait pas d'où ils venaient. L'adoption américaine déséquilibre tout. La pression est telle qu'elle développe les trafics.

La faible implication des OAA français au Cambodge

Le problème majeur de l'adoption au Cambodge reste son prix. Plus le pays se fait strict, plus le prix des bébés augmente car, dans les faits, législation ou pas, tout se monnaye. Pour accélérer une adoption, les familles déboursent de 1000 à 7000 euros. Selon le mode de procédure choisi. On peut croiser la route d' »intermédiaires qui mettent directement les familles adoptives et biologiques en contact ou verser une somme conséquente à un orphelinat pour réserver un enfant. Ces sommes sont pudiquement qualifiées d'aides » ou de « dons ».

Les familles sont d'ailleurs obligées de verser à l'orphelinat un « don », qui lui permet de s'en sortir. Les aides publiques sont en effet insuffisantes; le gouvernement ne verse que 5 euros par mois à chacun des 8000 orphelins du royaume. Les ONG étrangères financent également des orphelinats publics ou gèrent leurs propres établissements. A ce petit jeu, la France, qui n'est représentée que par un seul OAA, l'AFA n'ayant pas de représentant dans le pays, ne sort pas gagnante. Isabelle, sur liste d'attente au Cambodge, parle d'hypocrisie:
« On se demande à quoi sert l'AFA... C'est à se demander si la France prend la peine de se renseigner sur un pays avant d'y envoyer des adoptants. Ça ne sert à rien d'être moralisateur ici. Peut-être qu'en théorie, on a raison de ne pas vouloir 'acheter' des enfants mais en attendant, des gamins crèvent de faim dans les orphelinats ici. Il faut les aider, mettre de l'argent pour permettre leur adoption. Ce n'est pas du trafic, c'est de l'humanitaire. »
Ma remarque:

Les Français, tout comme les Canadiens, les Américains, les Néerlandais, les Australiens, etc... agissent comme des vautours lorsqu'ils veulent acheter les enfants des autres.
"Peut-être qu'en théorie, on a raison de ne pas vouloir 'acheter' des enfants mais en attendant, des gamins crèvent de faim dans les orphelinats ici. Ce n'est pas du trafic mais de l'humanitaire" dit l'article ???" Donnez donc l'argent aux familles si le bien-être des enfants vous tiennent tant à coeur!!!

Autre article:

Entre errements et abus, la prudente reprise des adoptions au Cambodge par la France

Par Zineb Dryef, publié dans Ka-set, le 2 octobre 2008.

Ka-set révélait la semaine dernière le cas d’un enfant cambodgien adopté hors procédures légales par un couple français. La famille biologique du petit Sothy leur avait confié l'enfant contre 1000 euros. Ce cas prouve qu’en dépit d’une législation stricte et de l’adhésion du Cambodge à la Convention de la Haye, le pays demeure un marché aux enfants qui a contraint plusieurs pays à y suspendre les procédures d’adoption. Rencontre avec des adoptants, des responsables d’ONG et d’orphelinats pour faire le point.

Un verre de thé glacé ruisselant à sa gauche, le directeur de l'orphelinat sommeille la tête posée contre la vitre poussiéreuse de son bureau. Au bruit sec de la porte qui s'entrouvre, il se réveille d'abord lentement puis, avec empressement, reboutonne sa chemise à la vue du visiteur. Il met la main sur sa carte de visite, la tend, puis se redresse: "Asseyez-vous." Il se veut concentré et attentif: "L'adoption... mais vous venez d'où?" "De France". Il hésite avant d'annoncer qu'il est interdit de visiter les orphelinats. "L'ambassade dit que vous n'avez pas le droit d'être là", corrige-t-il pour se débarrasser de toute responsabilité. Ici, dans cet orphelinat à la périphérie de Phnom Penh ou ailleurs, les responsables affichent le même air embarrassé lorsqu'un Français évoque les questions d'adoption dans leurs établissements.

La France semble en effet expérimenter une politique nouvelle en matière d'adoption au Cambodge. Après une décennie chaotique durant laquelle des dizaines d'abus et de scandales ont été enregistrés, la France a suspendu toute procédure d'adoption au Cambodge en 2003. Plusieurs enfants, dont les parents étaient encore vivants, avaient ainsi été adoptés par des étrangers. Les nourrissons, principalement des filles, étaient majoritairement abandonnés par des familles contre de l’argent ou plus simplement kidnappés. Le 8 juin 2006, un protocole de coopération sur l'adoption a donc été signé entre les ministres français et cambodgien des Affaires étrangères, lequel a permis une réouverture "progressive et sécurisée des adoptions", selon les mots du Quai d'Orsay. Cet accord a notamment mis fin aux procédures individuelles et impose désormais aux candidats à l'adoption de passer par l’Agence Française de l’Adoption (AFA) créée en 2006 ou auprès du seul OAA (organisme autorisé pour l'adoption) impliqué au Cambodge, "les Amis des Enfants du Monde".

La France a signé un protocole pour limiter les abus

Par ailleurs, depuis le mois d'août, la première volontaire de l'adoption internationale s'est installée à Phnom Penh pour 2 ans. Ces "Peace Corps à la française" voulus par Rama Yade, secrétaire d'Etat française aux droits de l'Homme, ont pour mission de favoriser l'adoption et de venir en aide aux ONG spécialisées dans la protection de l'enfance. Une réforme annoncée en grande pompe l'été dernier suite aux résultats catastrophiques de l'AFA. En 2007, les adoptions françaises dans le monde ont chuté de 20,6%, leur nombre s'établissant à 3 162 enfants adoptés. Une déception énorme pour les familles et une confirmation de la réputation contestée de cette nouvelle agence. En attendant, dans les ONG dédiées à l'enfance, on ne sait pas encore très bien quel est le rôle de cette volontaire.

La France, au Cambodge, doit désormais répondre à deux urgences: permettre aux familles françaises de voir leur procédure d'adoption aboutir et éviter les abus du passé.

"Ah, les Français! Avant 2003, ils étaient partout, c'était le temps des combines", se souvient M.Toui, gérant de la Rega Guesthouse (célèbre pour avoir servi de décor au film Holy Lola de Bertrand Tavernier qui racontait le parcours d'un couple d'adoptants français au Cambodge). "Ils s'installaient dans les hôtels, parlaient d'adoption tout le temps et, surtout ils voulaient aller trop vite." L'homme sourit en racontant les histoires de couples faisant le tour des orphelinats pour "choisir" leur bébé ou de ceux qui déboursaient jusqu'à 10 000 dollars pour tenter de concurrencer les Américains."C'est fini maintenant. Les adoptants français viennent quand c'est leur tour. Au compte-goutte."

Désormais, pour un Français désireux d'adopter au Cambodge, la marche à suivre est stricte: une demande adressée à l'AFA ou à un OAA enregistré par le royaume. La famille doit ensuite attendre -parfois plusieurs années - que les agences et les autorités cambodgiennes procèdent à un apparentement - proposition d'enfant. La famille en est alors informée et peut se rendre sur place pour boucler l'adoption (passeport et visa) et récupérer l'enfant.

Trop de candidats, peu d’enfants

Ça, c'est pour la théorie. En pratique, la France doit faire face à deux gros problèmes au Cambodge: les demandes affluent pour une offre restreinte et le Cambodge n'a pas tout à fait assaini son système d'adoption.

De 1999 à 2003, le nombre d'adoptions a varié entre 31 et 228 par an, selon le Quai d'Orsay. En dépit de l'absence de cadre légal en 2006 - le protocole signé n'a été appliqué qu'à partir de mai 2007 - 28 visas ont été accordés à des enfants à "titre exceptionnel." Un "exceptionnel" que l'association Enfance et Familles d'adoption (EFA) qui regroupe 11 000 familles adoptives juge inacceptable: "Les adoptions réalisées ces trois dernières années au Cambodge l'ont été en violation des règles établies tant par la France que par le Cambodge." Dès 2006, l'EFA avait protesté via des communiqués. Les familles avaient alors répondu sur le forum du site internet de l'Efa. Dans ce message datant de 2007, les familles justifiaient ainsi leur adoption hors procédure légale : "Depuis la fermeture de l'adoption en 2003, les orphelinats sont saturés et beaucoup ne peuvent plus accueillir de nouveaux enfants. Que deviendront-ils ? Abandonnés à la misère, dans la rue, à la prostitution, enfant esclave, sur la décharge de Phnom Penh ?" En fait d'action, les familles s'étaient rassemblées en un collectif très actif et avaient entamé une grève de la faim plutôt médiatisée. Alain Peligat, célèbre pour avoir participé à l'équipée de l'Arche de Zoé au Tchad, en faisait partie.

Mettre l'ambassade devant le fait accompli - un bébé recueilli de façon indépendante dans un orphelinat - ne suffira plus. Les autorités françaises n'ont plus envie d'avoir à faire à ces parents prêts à tout pour adopter un enfant. Mais elles ne semblent pas avoir les moyens de satisfaire ceux disposés à attendre. "Il n'y a personne pour nous soutenir, nous aider ou nous donner des explications. Quand on est le millième sur une liste d'attente, on ne sait plus quoi faire. On essaye de se débrouiller par nous-mêmes", tempête Julie, candidate à l'adoption en Asie. Elle s'est lancée avec son mari dans cette longue bataille depuis près de cinq ans. Son agrément arrive à terme et elle n'a toujours pas de réponse de l'AFA. "Je me demande parfois si les démarches individuelles ne sont pas plus efficaces. J'ai toujours respecté les procédures mais là je sature."

L’Hexagone concurrencé par les pays étrangers

Au Cambodge, en 2007, 26 visas ont été accordés pour des enfants adoptés par des familles françaises. Depuis le début de l’année 2008, ce sont 12 visas qui ont été accordés, la dernière adoption ayant été validée le 27 août 2008. Des chiffres très bas comparés à l'Italie. 163 enfants ont été adoptés par des familles italiennes en 2007 et 147 en 2006. Contre 26 adoptions françaises en 2006. Comment expliquer cette différence? L'une des six agences italiennes dédiées à l'adoption au Cambodge, le Centro Italiano Aiuti all'Infanzia (CIAI), passe pour être l'une des plus sérieuses. Dans le vaste hall de leurs locaux de Phnom Penh, quelques photos de bébés adoptés sont accrochées près d'un panneau où sont punaisées des dizaines de photos d'enfants parrainés.

Antonio Piccoli, responsable de l'organisation, précise d'emblée que la première mission du CIAI est de protéger les enfants cambodgiens. Deux personnes s'occupent des affaires d'adoption et le CIAI en finalise moins de dix par an. L'agence ne travaille qu'avec un seul orphelinat public par mesure de précaution: "On sait d'où ils viennent ce qui n'est pas le cas dans tous les orphelinats cambodgiens. On respecte les lois italiennes et cambodgiennes. Elles sont plutôt strictes et c'est mieux comme ça. Les adoptions individuelles sont interdites, il faut passer par une des agences italiennes."

Au coeur de Phnom Penh, un orphelinat public compte 72 enfants, dont 4 nourrissons. La dernière adoption était italienne et les 4 bébés sont déjà apparentés à des couples italiens. Que sont devenus les parents biologiques de ces enfants? "Morts", tranche la directrice de l'établissement. Un responsable italien nuance: "Beaucoup sont effectivement orphelins mais pour les autres, on ne peut pas être sûrs. Ni des raisons de l'abandon, ni du réel abandon. Les agences transmettent le nombre d'enfants recherchés aux orphelinats. Qui trouvent... Ca s'apparente un peu à un bon de commande." Cynisme? Peut-être mais pour l'heure, l'adoption au Cambodge reste suffisamment opaque pour dissuader les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la Suède d'y reprendre les procédures d'adoption.

"Rien n'a changé", accuse Naly Pilorge, la directrice de la Licadho, l'une des plus importantes organisations de défense des droits de l'Homme du pays. Plaintes à l'appui, elle dénonce le trafic d'enfants dont le Cambodge souffre toujours: "Le problème de l'adoption au Cambodge, c'est que le système est fondé sur la demande. Les familles et les agences réclament des enfants; les orphelinats se mettent à leur recherche. Depuis les années 2000, le gouvernement dit que ça va changer mais il ne suffit pas de légiférer. Tout le système est à revoir: il faut des bases de données, du personnel formé, une autorité centrale. Aujourd'hui, on ne sait même pas combien d'enfants sont adoptés au Cambodge!"

Depuis le début de l'année, la Licadho a enregistré 4 cas de trafic d'enfants en vue d'une adoption. A titre de comparaison, 2 cas de trafic sexuel et 3 de trafic d'enfants pour le travail ont été notés. Naly Pilorge précise que les chiffres sont très en-deçà de la réalité puisque "les gens ne se précipitent pas pour se plaindre à la Licadho. Ce sont des cas isolés".

Malgré plusieurs coups de fil passés au bureau des adoptions du ministères des Affaires sociales et en dépit d'un entretien avec l'un de ses responsables, aucune réponse chiffrée ne nous a été transmise. Selon nos informations, il y aurait environ 250 adoptions internationales par an. Les principaux pays d'accueil sont l'Italie, l'Autriche et la France. Dans les années 2000, plus de 2000 adoptions étaient finalisées chaque année. En tête, les Américains. Une époque dont un diplomate européen estime qu'elle a été catastrophique pour le pays: "Il y avait des milliers de nourrissons dans les orphelinats. On ne sait pas d'où ils venaient. L'adoption américaine déséquilibre tout. La pression est telle qu'elle développe les trafics."

La faible implication des OAA français au Cambodge

Le problème majeur de l'adoption au Cambodge reste son prix. Plus le Cambodge se fait strict, plus le prix des bébés augmente car, dans les faits, législation ou pas, tout se monnaye. Pour accélérer une adoption, les familles déboursent de 1000 à 7000 euros. Selon le mode de procédure choisi. On peut croiser la route d'"intermédiaires" qui mettent directement les familles adoptives et biologiques en contact ou verser une somme conséquente à un orphelinat pour "réserver" un enfant. Ces sommes sont pudiquement qualifiées d'"aides" ou de "dons".

Les familles sont d'ailleurs obligées de verser "un don" à l'orphelinat "fournisseur". Une somme qui permet aux orphelinats de s'en sortir. Les aides publiques sont en effet insuffisantes; le gouvernement ne verse que 5 euros par mois à chacun des 8000 orphelins du royaume. Les ONG étrangères financent également des orphelinats publics ou gèrent leurs propres établissements.

Si l'Italie parvient à faire de "bons résultats", c'est notamment en raison de l'implantation de ses agences d'adoption dans le pays et de l'aide qu'elles apportent aux orphelinats. La France n'est représentée que par un seul OAA et l'AFA n'a pas de représentant dans le pays.

Isabelle, sur liste d'attente au Cambodge, parle d'hypocrisie: "On se demande à quoi sert l'AFA... C'est à se demander si la France prend la peine de se renseigner sur un pays avant d'y envoyer des adoptants. Ca ne sert à rien d'être moralisateur ici. Peut-être qu'en théorie, on a raison de ne pas vouloir "acheter" des enfants mais en attendant, des gamins crèvent de faim dans les orphelinats ici. Il faut les aider, mettre de l'argent pour permettre leur adoption. Ce n'est pas du trafic, c'est de l'humanitaire." Elle ajoute que "l'argent versé sert aussi à aider les enfants qui n'auront pas la chance d'être adoptés".

Le pays a besoin de temps. Dans son rapport sur l'adoption , Jean-Marie Colombani signalait à ce propos: "Au mieux, ce n'est pas avant 2009-2010 que les adoptions internationales pourront être gérées de manière parfaitement fluide et transparente. C'est d'ailleurs l'analyse tant de l'ambassade des Etats-Unis que de la délégation de l'Unicef à Phnom Penh." C'est donc de la patience qui est demandée aux familles souhaitant adopter au Cambodge.

Mille dossiers sont en attente pour le pays à l'AFA. Pour 2008, la France ne parviendra à finaliser qu'une trentaine d'adoptions. Un chiffre en conformité avec la volonté d'avancer prudemment et de procéder à toutes les vérifications idoines dans ce type d'affaires. Mais que les familles en attente d'enfants trouveront sans doute trop bas. En 2006 pourtant, l'EFA mettait déjà en garde: "Compte tenu de sa faible population, de son histoire et de ses coutumes, le Cambodge est potentiellement un petit pays d'adoption."

Au Cambodge, les scandales n’ont toujours pas servi de leçon

Publié sur le site La Croix , le 27 septembre 2008.

Les passe-droits et l’opacité perdurent autour des procédures d’adoption internationale, même après les révélations de plusieurs scandales

Nus, assis sur un chemin caillouteux, des gamins hauts comme trois pommes regardent passer les motos. Derrière eux, leurs aînés s’affrontent dans une bruyante partie de volley-ball. Dans cet orphelinat de la banlieue de Phnom Penh, la capitale cambodgienne, vivent 75 enfants, âgés de 2 à 17 ans.

Certains sont orphelins, mais la plupart ont encore leurs deux parents en vie. Ils ont été abandonnés. L’an dernier, deux enfants de moins de 8 ans de cette structure ont été adoptés.

"Les Français leur ont donné de l'argent"

« Des Français sont venus à l’orphelinat et ils ont choisi un garçon et une fille. Les autorités françaises étaient au courant. Puis, les Français sont allés voir les parents cambodgiens dans leur village d’origine pour savoir s’ils étaient d’accord. Les parents, paysans, sont très pauvres. Les Français leur ont donné de l’argent », explique un des responsables de l’orphelinat sous le couvert de l’anonymat. Combien ont-ils payé pour obtenir ces enfants? « C’est privé. »

En 2003, toutes les adoptions ont été suspendues entre la France et le Cambodge. Les trafics les plus sordides avaient poussé les autorités à la prudence. Des enfants étaient achetés. La demande alimentait les abandons. Un vaste marché, entretenu par la corruption, enrichissait des fonctionnaires cambodgiens véreux.

La France espère prévenir les abus

En 2007, la France a rouvert les procédures en assurant désormais encadrer mieux le système, pour prévenir les abus. Désormais, les adoptants français doivent impérativement s’adresser à deux organismes pour trouver un enfant cambodgien : l’Agence française de l’adoption (AFA), ou les Amis des enfants du monde (AEM). Ils ne sont plus autorisés à entreprendre les démarches par eux-mêmes, d’orphelinat en orphelinat.

Comment, alors, expliquer que deux couples aient pu, l’an dernier, adopter en se rendant directement dans cet orphelinat de la banlieue de Phnom Penh ? « Il y a des passe-droits, des appuis, des pressions », témoigne une responsable d’un organisme d’adoption français. « Le gouvernement français a très envie qu’il y ait beaucoup d’adoptions. L’AFA a énormément de dossiers. » Visiblement, les restrictions appliquées par la France en 2007 n’ont pas suffi…

"Aucune réelle action des autorités cambodgiennes"

Les autres pays ayant également suspendu les procédures avec le Cambodge refusent de les reprendre, considérant que rien n’a changé. « Nous ne voyons aucune réelle action de la part des autorités cambodgiennes pour réformer le système et punir les auteurs de trafics », analyse Jason Barber, consultant pour l’ONG cambodgienne de défense des droits de l’homme Licadho. De fait, aucun intermédiaire n’a été arrêté, ni jugé, sur le territoire cambodgien.

Dans ces conditions, comment être sûr que les enfants actuellement adoptés légalement au Cambodge, et dont les dossiers transitent par l’AFA ou l’AEM, ne sont pas issus de trafics ? « Nous n’avons pas vraiment de prise sur cette question », reconnaît, désolée, la responsable de l’organisme d’adoption. Le volontaire français qui sera nommé au Cambodge le mois prochain (lire l’encadré) aura donc fort à faire. En attendant, l’ambassade de France à Phnom Penh a refusé de s’exprimer sur sa future mission ainsi que sur les adoptions en cours dans ce pays.

Jérôme BORUSZEWSKI, correspondant à Phnom Penh

25 sept. 2008

Arrests over Chad child trafficking into europe

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Articles sur le même sujet:

La police tchadienne a arrêté, jeudi, neuf français accusés d’avoir « enlevé » une centaine d’enfants originaires de l’Est du Tchad et du Darfour dans le but de les faire accueillir en France moyennant finances. Le président tchadien, Idriss Deby Itno, a promis vendredi que les auteurs de l’opération seraient « sévèrement sanctionnés ». Tchad : des Français arrêtés pour « trafic d’enfants » (Afrik.com, 26 octobre 2007).

Tchad : 9 Français, soupçonnés de trafic d'enfants, arrêtés (BBCAfrique.com, 25 octobre 2007).

Les Français arrêtés au Tchad alors qu'ils s'apprêtaient à décoller à bord d'un vol charter affrété par l'ONG l'Arche de Zoé avec 103 enfants africains qu'ils voulaient faire accueillir sans autorisation en France, étaient toujours en garde à vue, vendredi 26 octobre, à Abéché, principale ville de l'Est tchadien, sans toutefois être formellement inculpés. La télévision tchadienne a diffusé des images des neuf Français - six membres de l'ONG, dont son président Eric Breteau, et trois journalistes qui les accompagnaient - menottés et assis à même le sol dans le centre social où les enfants ont été accueillis et que le président tchadien Idriss Deby a visité vendredi.
Le Tchad accuse l'Arche de Zoé d'« enlèvement » d'enfants (Le Monde.fr, 28 octobre 2007).

Les seize personnes arrêtées, jeudi dernier, dans le cadre de l’enlèvement de 103 enfants tchadiens et soudanais par l’association « l’Arche de Zoé », attendent l’annonce de leur chef d’inculpation. Jugés selon le code pénal tchadien, ils risquent une peine de travaux forcés pour cette affaire qui met les autorités françaises dans l’embarras. Tchad : l’affaire Arche de Zoé, un sac de nœud politico-humanitaire (Afrik.com, le 29 octobre 2007).

Tchad : la part d’ombre de l’affaire Arche de Zoé (Afrik.com, le 30 octobre 2007).

Tchad : les enfants enlevés, victimes impuissantes de l’affaire Arche de Zoé (Afrik.com, 31 octobre 2007).

Le président français Nicolas Sarkozy, qui avait qualifié la tentative de l’association de d’ « illégale et d’inacceptable », s’est ainsi entretenu mercredi avec son homologue tchadien. Il a obtenu un assouplissement d’Idriss Déby Itno. L’affaire Arche de Zoé : une partie de poker menteur? (Afrik.com, le 2 novembre 2007).

Arche de Zoé ( Wikipedia français).

Zoé's Ark (Wikipedia anglais).

Les professionnels de l'humanitaire mesurent les dégâts causés par l'opération commando de L'Arche de Zoé: des années d'efforts dans le sens de la rigueur éthique décrédibilisées. Réactions en Suisse. Tu veux du poisson ou un enfant? (Abandon et Adoption).

Neuf Français sont soupçonnés d'avoir voulu faire partir illégalement 103 enfants originaires du Darfour pour la France. Selon eux, il s'agissait d'une "évacuation sanitaire". Tchad. L'affaire "Arche de Zoé" (Abandon et Adoption).

17 sept. 2008

Correctionnelle - Le trafic de bébés bulgares devant la justice

paru à TF1.fr, le 22 janvier 2007.
  • Une quarantaine de personnes sont jugées depuis lundi pour avoir acheté des bébés et s'être fait passer pour leurs parents.
  • Des jeunes femmes bulgares enceintes, seules ou prostituées, étaient sollicitées pour accoucher en France et y abandonner leur enfant, en échange de quelques centaines d'euros.
56 personnes au total - 41 parents, 11 intermédiaires, 2 mères biologiques et 2 proxénètes présumés - sont renvoyées depuis lundi et jusqu'au 2 février devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny. Au cœur du procès : le trafic de bébés nés de mères bulgares désemparées. L'enquête a en effet permis d'établir qu'entre juillet 2001 et juin 2005, 22 enfants ont été achetés dans diverses régions (Bretagne, centre, PACA, Ile-de-France...) par des parents français souffrant souvent de stérilité qui ont déboursé entre 5.000 et 7.500 euros.

Six des onze hommes et femmes soupçonnés d'avoir servi d'entremetteurs avec les mères n'ont pu être arrêtés. Quatre comparaissent détenus, un libre. Ces pourvoyeurs de mères enceintes encourent 10 années d'emprisonnement pour le délit de "traite d'être humain". Ce "petit groupe qui se connaissait bien" sollicitait en Bulgarie des jeunes femmes enceintes, seules ou prostituées, souvent tsiganes, pour leur proposer d'accoucher en France et d'y abandonner leur enfant, en échange de quelques centaines d'euros (250 à 500 euros en moyenne, une mère aurait cependant reçu 3.000 euros).

Soit la mère biologique accouchait sous sa propre identité et l'enfant était reconnu par le père acheteur, soit elle se rendait à la maternité sous l'identité de la mère acheteuse. Plus rarement, le couple de parents est allé reconnaître en mairie le nouveau-né après l'avoir "reçu". La plupart des bébés sont nés en 2004 et ont fait l'objet d'une transaction cette année là.

Enfants remis à leurs parents adoptifs


Après leur accouchement, certaines jeunes mères ne retournaient pas en Bulgarie et ont été contraintes à mendier ou à se prostituer. C'est d'ailleurs une banale enquête sur des faits de proxénétisme en 2003 qui a permis de mettre au jour ces ventes de bébés qui se sont développées grâce au "bouche-à-oreille" dans la communauté tsigane, souligne une source proche de l'enquête.

Les couples risquent 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende. La justice leur reproche les délits de "provocation à l'abandon d'enfant" et "simulation" ou "dissimulation" de l'état-civil des bébés. Tous avaient le désir d'adopter un enfant, soit parce qu'ils ne réussissaient pas à avoir de bébés ou avaient des enfants atteints de problèmes génétiques. "Ce sont des concitoyens français, manouches, en total mal d'enfant qui ne pouvaient pas espérer rentrer un jour dans les critères stricts d'adoption édictés par la DASS", souligne Me David-Olivier Kaminski, avocat de trois couples qui espère que ce procès sera celui du système français d'adoption, "archaïque", selon lui.

Placés dans un premier temps dans des familles d'accueil, les enfants ont été depuis presque tous remis à leurs "parents adoptifs" sur décision des juges des enfants, en attendant une régularisation de leur état-civil et une adoption officielle. La "vente" de nourrissons n'était pas interdite par le code pénal bulgare jusqu'en août 2006.

Autres articles:


Trafic de bébés bulgares devant la justice (Le Figaro, 23 janvier 2007)

56 on Trial over Baby Trafficking Network (Dzeno Association, 23 janvier 2007)

Adoptive Parents in France Defend System of Buying Babies (Dzeno Association, 23 janvier 2007)

83-year-old Man Tells of Buying Infant (Dzeno Association, 23 janvier 2007)

Prison ferme dans l'affaire des "bébés bulgares" (Le Figaro, 15 octobre 2007)

Cendrillon, Ringo, les bébés cadeaux de la communauté gitane (Le Monde.fr, 26 janvier 2007)

Baby-smugglers jailed in France (BBC News, 2 février 2007)

16 sept. 2008

Trafic de bébés en Ile-de-France

NouvelObs.com, 23 juillet 2004

Un réseau de vendeurs de bébés a été démantelé en Seine-Saint-Denis, révèle Le Parisien. Une dizaine de personnes interpellées.

Quatre personnes ont été déférées vendredi matin 23 juillet au parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) dans le cadre d'une affaire de revente présumée de bébés et après plusieurs autres déferrements survenus jeudi dans cette même affaire, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

Les quatre personnes déférées - un couple de parents, un intermédiaire et une jeune maman - ont été présentées à un juge en vue de leur mise en examen dans la journée pour des motifs non communiqués, a-t-on ajouté de source judiciaire.

Selon le Parisien qui révèle l'affaire dans son édition de vendredi, une partie des membres d'un réseau de vendeurs d'enfants ont été déférés jeudi au parquet de Bobigny. Au total, selon le quotidien, huit hommes et femmes âgés de 25 à 35 ans sont soupçonnés d'avoir vendu ou acheté au moins deux bébés bulgares qui ont vu le jour à l'hôpital Robert-Debré à Paris. Plusieurs des personnes arrêtées dans le cadre de cette enquête ont été relâchées, a-t-on néanmoins indiqué de source proche du dossier.

L'affaire avait démarré début juillet après qu'une jeune femme bulgare de 25 ans eut alerté un ami policier de son pays sur l'enlèvement de son bébé, alertant ensuite l'Office central de la répression de la traite d'êtres humains (Ocreth).

Milieu bulgare

La revente des bébés - pour une somme comprise entre 5.000 et 6.000 euros selon le sexe - s'effectuait dans le milieu bulgare dont beaucoup de ressortissants vivent dans des squats, dans des conditions difficiles, a-t-on ajouté de source proche du dossier.

Parmi les personnes interpellées figureraient les deux têtes du réseau. Il s'agirait, selon le quotidien, d'un homme de 35 ans et d'une femme de 30 ans, d'origine bulgare. Cette dernière est soupçonnée d'avoir prospecté et trouvé des femmes sur le point d'accoucher.

Lors de leur garde à vue, deux couples d'acheteurs auraient expliqué avoir eu recours à ce moyen pour adopter un bébé car ils ne pouvaient pas avoir d'enfants.
Dans un communiqué, l'hôpital Robert Debré, "qui fait partie du service public de santé où toute femme est libre de venir accoucher", a tenu à préciser qu'il n'y avait "aucun lien entre le trafic d'enfants qui vient d'être démantelé par la police et l'hôpital".

Concernant le deuxième bébé supposé avoir été vendu dans le cadre de ce trafic, l'hôpital précise que le nouveau-né a été placé sous Ordonnance provisoire de placement (OPP) le 20 juillet, jour où sa mère était interpellée par l'Ocreth.

Autres articles: sur http://www.fredigroup.org/site/news/Causes_disparitions/Adoptions_illegales/trafic_BB_adoptionfr.htm

Les trafiquants revendaient les bébés à leur naissance (Le Parisien, vendredi 23 juillet 2004.)

Madagascar:Un trafic d’enfants organisé (juillet 2004)

Trafic d’enfants à Madagascar (16 avril 2004)

Articles sur Abandon et adoption (Merci à Koan Zen pour ce lien)

Une filière bulgare jugée par le tribunal correctionnel de Bobigny.
Ils vendaient des bébés à des couples stériles. France. Trafic de bébés bulgares : procès de parents acheteurs et d'intermédiaires.