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21 mars 2008

L'industrie des poupées

Les poupées à vendre adopter.

Pour les personnes qui ont connu les années 1980, vous souvenez-vous des poupées Bout d'chou?

À cette époque, j'étais une adolescente et je n'en ai jamais possédée mais je me rappelle encore à quoi elles ressemblaient. Au Québec, à la fin de l'année 1983, on s'arrachait littéralement ces poupées, c'était le délire Bout d'chou. Même une compagne de ma classe en avait achetée une. Moi, je n'aimais pas ces poupées car je me sentais mal à l'aise quand j'en voyais une. "Laides et trop caricaturales" disais-je. Je n'ai jamais osé parler des vraies raisons pour lesquelles je n'aimais pas ces poupées, je n'ai même jamais osé y penser car en parler ou y penser auraient impliqué parler de mon adoption, un sujet que j'évitais.

>Aujourd'hui, 25 ans plus tard, je parle ici des raisons qui me rendaient mal à l'aise. Vendues pour une centaine de dollars, ces poupées venaient avec un certificat d'adoption, chacune étant soi-disant unique. Entendre parler de ces poupées me faisait penser que je n'étais pas mieux qu'une poupée sans âme, j'étais un produit acheté. Difficile d'oublier lorsque c'est la folie furieuse pour obtenir une poupée Bout d'chou mais je réussissais à oublier en niant mon mal, en disant tout simplement: "je n'aime pas ces poupées parce qu'elles sont trop caricaturales."
D'une part, j'avais besoin que quelqu'un qui me rassure en me disant que je n'étais pas une marchandise mais je n'en parlais pas; d'autre part, si quelqu'un me l'avait dit, je ne l'aurais pas cru car il y avait trop de similitudes entre la commercialisation de ces poupées et mon adoption.
  • Ces poupées étaient adoptées pour combler les besoins des enfants de jouer/J'avais été adoptée pour combler le besoin d'une femme de devenir mère et le besoin d'un homme de refaire une vie de famille avec une deuxième épouse
  • Ça prenait une centaine de dollars pour obtenir une poupée/ mes parents adoptifs m'avaient obtenue pour quelques milles.
  • Les enfants devenaient les mamans de ces poupées en signant des papiers d'adoptions/ deux étrangers étaient devenus mes parents en signant des paperasseries.
Où était la différence sinon dans le prix de la vente?
Les poupées Bout d'chou (dont le nom original est Cabage Patch Kids) sont nées aux États-Unis. Bien qu'elles ne soient plus aussi à la mode que dans les années 80, on les adopte encore de nos jours pour les collectionner.

Baby Land General Hospital est reconnu comme étant le lieu de naissance de ces poupées Bout d'chou. Le site de Baby Land General Hospital ressemble à un site d'une agence d'adoption. Ce lieu est un lieu réel que vous pouvez visiter mais il est aussi de possible de le visiter en ligne. Si vous vous y rendez, vous serez accueilli chaleureusement par le personnel du Baby Land General Hospital. Vous verrez Little People, ces bébés nés à la fin des années 70 et début des années 80, dans la salle d'attente des papas. Dans ces dernières années, certains des Little people qui avaient été adoptés pour des frais de 30$ à 40$ ont été ré-adoptés pour 25 000$. La salle d'attente des papas mène au corridor principal de l'hôpital. La première porte à sa droite mène à la pouponnière où la plupart des nouveau-nés y sont soignés en attendant d'être adoptés.


Passons à une autre industrie de poupées plus à la mode (aux États-Unis) et plus représentative de l'industrie de l'adoption.

Il y a trois mois, lorsque j'ai commencé m'informer sur l'internet à propos des adoptions, je suis tombée sur le site de NewBorn Nursery. Plus tard, en visitant le blog de Sang-Shil, j'ai été agréablement surprise de voir qu'elle en parlait dans Land of the Not-So-Calm. Son blog m'a menée aussi à celui de Persona Ingrata qui couvre ce sujet. Ne manquez pas de les lire si vous comprenez l'anglais.

New Born Adoption Nursery Center.

La Middle Town Company est une compagnie de poupées. Le tournant du siècle a conduit Middle Town Company dans une nouvelle direction avec NewBorn Nursery, celle de l'adoption des poupées.

Comme dans une adoption d'enfants, l'adoptant doit choisir quel bébé est celui qui lui convient le mieux. Vingt combinaisons de couleur de cheveux et des yeux sont disponibles pour le choix des parents adoptifs. (La mienne avait spécifié: fille, Vietnamienne (premier choix), Coréenne (2ième choix). Verbalement, elle avait aussi spécifié qu'elle voulait une enfant non sportive. Comme je ne faisais que ce que ma mère adoptive voulait de moi, elle était persuadée que l'agence d'adoption avait répondu à sa dernière requête. Ni l'orphelinat, ni l'agence d'adoption n'était en mesure de juger si j'allais devenir sportive ou artistique car les seules activités offertes à l'orphelinat étaient le chant. )

L'adoptant doit remplir un formulaire. (Mes parents adoptifs aussi ont rempli un formulaire.)


L'infirmière en devoir vérifie si l'adoptant a répondu à toutes les questions. (Mieux que beaucoup d'agence! Le personnel de la Holt n'avait même pas vérifié si mes parents étaient citoyens américains avant de m'expédier aux États-Unis. Holt n'avait même pas vérifié si je serais entre les mains d'un abuseur d'enfants)


On prend une photo de la nouvelle maman serrant son bébé adoptif pour la première fois. (Mes parents adoptifs passaient leurs temps à prendre des photos à mon arrivée. De nos jours, les fiers parents adoptifs mettent les vidéos de leurs bébés adoptifs sur YouTube. D'autres aussi mettent leurs photos sur des blogs.)


On laisse la nouvelle maman choisir un nom pour l'enfant adoptif. (Ces poupées sont mieux traitées que des enfants car la majorité des parents adoptifs changent le nom de leurs enfants adoptifs comme s'ils n'avaient aucun passé avant l'adoption.)



Certificat de naissance (Tout comme pour moi et pour la plupart des enfants adoptés, on fabrique une date de naissance. Au moins, pour les poupées, ce sera leurs premiers certificats de naissance.)

Choix des bébés par les adoptants.

Elna Baker raconte son histoire du temps où elle travaillait au magasin de jouets FAO Schwartz sur les ondes de This American Life (à env. 41 minutes). La narratrice raconte son expérience comme vendeuse ("l'infirmière") de ce magasin.


Un superviseur instruit le personnel de ne jamais utiliser les mots coût/achat/vente pendant "l'interview pour l'adoption". Les parents et leurs enfants passent devant les incubateurs en admirant les bébés. S'ils sont sérieux à propos de l'adoption, l'infirmière passe à l'interview avec le parent prospectif, habituellement une fille de 7 ans. Après quelques questions posées à la maman adoptive, on écrit le nom du bébé sur son bracelet, on écrit aussi sa date de naissance (habituellement la date du jour précédent) sur le certificat de naissance qu'on donne aux parents de la maman en leur disant qu'il ne reste qu'à payer les frais d'adoption.


Tous les bébés de race blanche ont été adoptés laissant de nombreuses rangées de bébés minoritaires non adoptés dans leurs incubateurs. "Où sont tous les bébés blancs?" aurait été la question d'une mère magasinant pour un bébé pour sa fille...
Après la vente des bébés blancs, la deuxième plus forte demande est pour les bébés asiatiques. Après le deuxième meilleur choix, s'ensuivent les bébés hispaniques et dernier choix, les bébés noirs. Ce qui est troublant est que entre les bébés afro-américains et un bébé blanc destiné à l'exposition seulement (à cause d'un défaut de manufacture), c'est le bébé blanc qui a été choisi en premier.

Reflet d'une réalité.

Cette industrie de poupées est sans conteste le reflet de l'industrie de l'adoption.

- La hiérachie de races existe aussi dans l'adoption

- Comme dans l'adoption, les "parents adoptifs" de ces bébés sont presque tous des caucasiens.

- Les certificats de naissance originaux sont absents et comme dans presque toutes les adoptions, les mères naturelles sont absentes.

Adoption étant devenue synonyme de vente, cette compagnie n'a pas tort d'obliger les employés à utiliser le mot "adoption" au lieu du mot "vente" pour décrire la transaction liée à ces poupées.

Dans Saks Newborn Nurse-What is the Message to the Little Girl? Laurie Frisch dit "Au fil du temps, l'industrie de l'adoption est devenue de plus en plus habile à former l'opinion publique afin d'obtenir des bébés et construire un marché. Impliquer de petites filles par un jeu de rôle via Newborn Nursery peut être la meilleure méthode pour le moment. Enseigner à de très jeunes enfants à refuser l'identité et l'héritage des adoptés assurera à faire continuer les violations des droits civils et humains. Nier toute reconnaissance de l'origine des "bébés adoptables" encourage la poursuite de l'exploitation des jeunes mères naïves et des familles pauvres. Enseigner aux enfants que les bébés sont plus spéciaux lorsqu'ils sont achetés que lorsqu'ils sont nés de vous, garantira à faire perpétuer l'industrie de l'adoption pour les marchés des bébés. Lorsqu'il y a un marché pour les bébés et les quelques vrais orphelins, se produit l'exploitation des jeunes mères naïves et des familles pauvres."

7 mars 2008

Big Business In Babies: Adoption,The Child Commodities Market

By Mirah Riben

25 April, 2007 publié dans: Countercurrents.org

Adoption was once a process by which the community took responsibility for orphans. Increased access to birth control pills and legal abortion, and a lessening of the stigma of single parenting, coupled with an increase in infertility resulted in a demand for babies that outstrips the “supply.” And where there is demand – be it for diamonds, drugs, sex, or babies – corruption follows.

Adoption is racist. The scarcity of “white American-born babies” has led to an increase in international adoptions, fracturing family ties and heritage in what some are calling cultural genocide. Madonna was criticized. Angelina confounds. Westerners, however, continue to believe that adoption “rescues” orphans; though saving children from poverty, one at a time, does nothing to ameliorate the conditions that continue to produce them. And, many so-called orphans are in fact stolen, kidnapped, or their parents were coerced to relinquish them under false pretenses to be sold on the black and gray adoption markets with prices set by age, alleged health, skin color, gender and nationality.

As Americans import mostly light-skinned babies, non-white children are left behind, and the number of black, American-born babies adopted by overseas families has increased significantly in recent years, with black babies being placed with Canadian couples more than ever before. Adoption trends follow poverty and sociopolitical upheaval from Latin America to Asia and Eastern Europe. Since the 1990s, China and Russia have become the largest exporters of children for international adoption. Unrest and poverty in these nations makes them ripe for corruption and trafficking. In April 2007, the U.S. State Department confirmed that Guatemalan babies are kidnapped for adoption and other mothers pressured to sell their babies by corrupt, inadequately supervised notaries. The previous month, a Utah adoption agency was indicted for “systematically misleading birth parents in Samoa into signing away rights to their children while telling adoptive parents in the United States that the children had been abandoned and were orphans” (“Pacific Islands Report: Utah Agency Indicted In Samoa Adoption Scam,” March 5, 2007 http://pidp.eastwestcenter.org/pireport/2007/March/03-05-01.htm). All of this while UNICEF is investigating child trafficking and babies being sold for adoption in Nepal (Nepal: Unicef On Inter-Country Adoption http://peacejournalism.com/ReadArticle.asp?ArticleID=17655).

As abuses are exposed, countries are restricting out-of-country adoption of their children. According to Ethica, a nonprofit adoption advocacy organization, 13 countries have suspended or ended their adoption programs in the past 15 years and four more countries temporarily stopped adoptions to investigate allegations of corruption or child trafficking. The U.S. passage of the 2005 Trafficking Victim Protection Reauthorization Act verified recognition of international adoption providing an incentive for child trafficking. Yet, ethnocentricity and a national policy of spreading democracy and the American way of life to the world, combined with a desire to parent, continues the romanticized “rescue” myth.

Free enterprise in America is a breeding ground for adoption scams, exploitation and coercion as infant adoptions have become a multi-billion dollar privatized, entrepreneurial industry. The patchwork of laws that vary from state to state create a playground for unscrupulous attorneys—some working in conjunction with facilitators, procurers, or “match-makers” placing ads to lure those in crisis. Unethical adoption attorneys, such as Maxine Buckmeier, Seymour Kurtz and others, are masters at using legal loopholes to their advantage. They set up shop in one state, advertise in another, send expectant mothers to another state and finalize the adoption in yet another. They isolate expectant mothers from their families and create a dependent bond with them by having prospective adopters pay their living and medical expenses and virtually hold them hostage, blackmailing them to relinquish or pay back those expenses.

Randall B. Hicks, an adoption attorney in Riverside, California, and author of Adopting in America, said facilitators are “not licensed nor trained to do anything.” Along with physicians and attorneys—with no training in child welfare or adoption—others such as a Artie Elgart, former car parts salesman and Ellen Roseman, a former flight attendant arrange the transfer of custody of our most vulnerable citizens.

According to Ann Babb author of Ethics in American Adoption there is “no professional association or academics, no certification or licensing procedures, no professional recognition as adoption specialists, and no training or educational qualifications.” Adoption “[p]rofessionals have yet to develop uniform ethical standards… or to make meaningful attempts to monitor their own profession,” says Babb. “In other professions and occupations, licensing or certification in a specialty must be earned before an individual can offer expert services in an area. The certified manicurist may not give facials; the certified hair stylist may not offer manicures ….Yet…individuals with professions as different as social work and law, marriage and family therapy, and medicine may call themselves ‘adoption professionals.’”

Alex Valdez Jr., spokesman for the California Department of Social Services, said, “Essentially, [adoption facilitators] are required to have a business license, publish a list of their services, and [have a] $10,000 bond before they hang a shingle.” These untrained facilitators receive $6,000 to $20,000 often just to introduce prospective adopters to an expectant mother who may or may not decide to surrender her child for adoption. If a match fails, a facilitator can bring the same expectant or new mom to another couple and collect yet again, making adoption risky business for all of the parties involved—the mothers who have their parental rights irrevocably relinquished, those attempting to adopt, as well as the children whose custody is being permanently transferred. Adoption practitioners being paid for results leads to slip-shod home studies that have put many adopted children in serious danger. Since 1996 more than a dozen children adopted from Russia by Americans have been killed by their adopters. Others adopted from Russia and elsewhere have been physically and sexually abused, caged, starved,and criminally neglected. At least two such children were adopted by pedophiles for the specific purpose of rape and child pornography.

Adoption, which was a means of providing care for children who needed it, has become a perverse business of providing children for those who feel entitled to one. Consumerism has led many westerners, particularly Americans, to believe that if they can afford “it” they deserve to have “it”—even when “it” is a human child. Adoption needs to return to basics. We need to halt profiteering from what should be a social service to protect families and children in need. Adoption can only guarantee a different life, not necessarily a “better” one. Adoption moves children from lower to higher socio-economic status, yet even when a child is adopted into a loving, caring family who may provide a more prosperous lifestyle—the end result does not justify the means if the child was kidnapped, stolen or their mothers coerced, deceived or exploited. Adoptions that obliterate a person’s original identity and leave him no legal access to his family are a risk and a violation of human rights as expressed by UNICEF.

All adoptions are not the happily-ever-after fairy tales we’d like them to be. Many are sad and sordid. For this reason we need to stop promoting “adoption” without distinguishing between those that are necessary and in the best interest of children and are handled ethically—from those which are not. The former deserves support; the latter needs to be exposed and ended. We need to stop glamorizing foreign adoption as a rescue mission but recognize that every international adoption leaves behind half a million children in U.S. foster care. Of those, 134,000 children cannot be reclaimed by family members. Adoptions of such children only are worthy of promoting and financial aiding in the form of taxes and other incentives and benefits. Monies paid to non-relative foster parents would be better spent to preserve, maintain and protect the integrity of families in need, including aid to grandparents and other extended family members struggling to keep families intact. Additionally,, the U.S. ought to consider a tax on international adoptions with funds used to support families and children in the U.S. in crisis.

Adoption needs to be far more transparent, open, honest and regulated to ensure it serves the best interest of those it is intended to serve.

Mirah Riben, author of shedding light on…the Dark Side of Adoption (1988) and The Stork Market: America’s Multi-Billion Dollar Unregulated Adoption Industry (www.AdvocatePublications.com, 2007); former director-at-large, America Adoption Congress.
Sources: Countercurrents.org OpEdNews.com Associatedcontent

20 déc. 2007

Ma vie de transraciale: racisme et racisme intériorisé.

Exposée au racisme.
Mon premier jour d’école (au Québec), j’étais au centre d'un cercle formé par les enfants qui tiraient leurs yeux en criant : « Chinoise! Chinoise! » Sur un ton chargé de haine et de mépris, ils me criaient « Chinoise! Chinoise! », d'autre fois, sur un ton simplement moqueur, ils disaient « Regardez! Elle a la peau jaune, la peau d’une Chinoise! » N’ayant pas encore réalisé que j’étais « différente » des autres, je croyais que j’étais moquée pour ce que j’étais et non pour ma race.
Les moqueries incessantes à l’égard de mes yeux et de ma peau jaune se passaient devant des professeurs qui n'intervenaient pas.
Dans toute l’école, seuls les quatre enfants qui voyageaient avec moi ne se moquaient pas de moi. Deux de ces enfants m’aidaient en passant leurs récréations avec moi ou en me disant d’ignorer les moqueries mais c’était impossible de les ignorer. À la fin des récréations, l’une de mes protectrices m’emmenait vers mon groupe. Après le départ de ma protectrice, les élèves me poussaient vers le dernier rang en me disant l’un après l’autre : « Non, je ne veux pas être à côté d’une Chinoise » Ce qui me résonne encore dans ma tête, c'est la voix d'une élève qui a crié: "Non! Non! Berk! Je veux pas être à côté d'une Chinoise! Une Chinoise, c'est sale!" Comme le mot Chinoise ne faisait pas partie de mon vocabulaire, je croyais que ce mot servait à désigner une personne laide, sale et répugnante.
Je détestais cette vie, je détestais le Canada et je voulais retourner dans mon pays pour vivre auprès de mes amies de l'orphelinat ou encore mieux avec ma famille-B. J’en voulais à ma mère-A de m’avoir fait venir dans son pays. Chaque soir, je pleurais, je pleurais et je ne faisais que pleurer. Ma mère-A s’est plaint auprès de l'enseignant qui me tranportait à l'école mais il n'a rien fait pour améliorer mon sort. Pendant tout le trajet vers l’école, il a gueulé très fort : «Je vais lui délier la langue!... Qu’elle apprenne à se défendre!»
Les rares personnes qui m'ont entendue évoquer ces souvenirs m'ont répondu: "Les enfants sont tous méchants entre eux; ils sont comme ça les enfants." D'autres ont comparé mes expériences à celles d'un enfant qui se fait moquer pour ses boutons d'acné ou son obésité. Personne n'a osé admettre que j'ai souffert du racisme. Je me suis sentie invalidée devant ces commentaires tout comme j'ai été invalidée durant toute ma vie de transraciale et donc, j'ai arrêté de parler de mes souvenirs. Et pourtant, ça m'aurait fait du bien d'avoir des oreilles qui m'écoutent sans minimiser ou invalider mes émotions.
En réalisant que ma mère-A était incapable de comprendre ma peine, j’ai arrêté de me plaindre et j’ai arrêté de pleurer devant elle. Ça ne servait à rien de lui parler puisque personne ne voulait m’aider. Mes jours sont devenus plus supportables grâce à mon enseignante, une catholique fervente, qui parlait souvent d'amour et de partage; certains élèves qui avaient été parmi les plus méchants me défendaient contre les élèves des autres classes qui continuaient à se moquer de moi et j'ai même réussi à me faire "une meilleure amie"...

Quelques semaines plus tard, en me regardant dans le miroir, j'ai réalisé pour la première fois que j'étais différente des autres: j'avais les yeux d'une Chinoise et la peau jaune.
Je me demandais pourquoi je n'avais jamais réalisé que j'étais aussi laide, je me demandais pourquoi en Corée, personne ne s'était jamais moquée de ma laideur et je me demandais aussi quel était l'équivalent du mot Chinoise en Coréen. J'étais la seule "Chinoise" de l'école, la seule "Chinoise" dans le voisinage et la seule à avoir les yeux "bridés" dans la famille car ma mère-A utilisait le terme "bridés" pour décrire mes yeux (de beaux yeux selon elle).

Assimilation d'une race.
Plus tard, en regardant les photos prises à l'orphelinat, j'ai été choquée de voir que mes amies avaient toutes la même apparence que moi avec des yeux de Chinoise, des cheveux noirs et un nez plat. Ce que je découvrais était au-dessus de ma compréhension: les filles dont j'avais envié leur beauté à cause de leurs grands yeux étaient en fait aussi laides que moi avec des yeux de Chinoise; celles que je trouvais mignonnes étaient des monstres comme moi; je ne comprenais pas comment j'avais pu percevoir les cheveux blonds d'une fillette alors qu'ils étaient légèrement plus pâles que ceux des autres.
Même la religieuse et la gardienne étaient aussi laides que moi avec leurs yeux de Chinoises. Quelques semaines plus tôt, lorsque j'avais montré ces photos à une compagne de classe, elle m'avait dit: "Elles sont toute pareilles." Je n'avais pas compris son commentaire mais maintenant, je la comprenais: mes amies étaient toutes pareilles, je ne pouvais les distinguer et je ne pouvais me distinguer d'elles. En me regardant à travers les yeux des Québécois, je me trouvais laide, je détestais mon corps, je détestais ma peau jaune et je détestais mes cheveux noirs. J'avais honte de moi-même et honte des autres Chinoises. J'avais toujours aimé regarder les photos de l'orphelinat car elles étaient mes seuls souvenirs concrets de la Corée qui me manquait chaque jour mais à cause de ma honte d'être une Chinoise, j'ai arrêté de les regarder. Comme les mots "race" et "racisme" ne faisaient pas encore partie de mon vocabulaire, je ne savais pas que je haïssais ma propre race en me haïssant moi-même.

À 10-11 ans, je croyais que je devais obligatoirement me marier à l'âge de 25 ans et je me demandais si je devais me marier avec un Coréen ou un Canadien. Dans le premier cas, en imaginant mes futurs enfants avec des yeux de Chinois, j'avais honte d'eux, honte de leur père et honte de moi; dans le deuxième cas, en imaginant mes futurs enfants avec les yeux de leur père et blancs comme lui, j'avais peur qu'ils se moquent de moi, leur propre mère. Tous les scénarios de ma future vie m'angoissaient.
Je me suis souvent imaginée en train de me couper le corps avec un couteau pour aller extirper tout ce qu'il y avait de Chinoise en moi.Je ne pouvais partager mes inquiétudes car en étant la seule étrangère indésirable, personne ne pouvait me comprendre.

La honte d'une race.
Les enfants des voisins ne se moquaient pas de moi mais dès que je sortais de la rue pour aller à des activités, j'étais au centre des moqueries. "Laide, face croche, nez écrasé, Chinoise, peau jaune" étaient les expressions qu'on utilisait pour s'adresser à moi ou pour parler de moi. J'ai vécu mes trois premières années de ma vie au Québec dans la honte, la honte d'être une Asiatique, la honte de mes yeux et de ma peau. À cause de la honte, j'ai arrêté de chanter alors que j'adorais chanter avant. Ce n'est que devant mes parents-A que je me permettais de chanter car ce n'est qu'en leur présence que je me sentais en sécurité.

Dans ma deuxième d'école au Québec (à ma 5ième année de primaire), mon cousin est devenu un nouvel élève de sixième année. Personne ne croyait qu'une Chinoise pouvait être la cousine d'une personne "normale" mais mon cousin n'avait pas honte de dire que j'étais sa petite cousine. Cette même année, une évolution s'est faite tranquillement. En associant la présence de mon cousin blanc à cette évolution, en remarquant que les enfants des voisins ne s'étaient jamais moquer de moi et que personne ne se moquait de moi en la présence de mes parents, j'ai déduit qu'en ayant une famille blanche, je perdrais mes yeux de Chinoise et que je deviendrais blanche comme toute ma famille-A. Par conséquent, pour être acceptée par la société blanche, je voulais me débarrasser de tout ce qui ressemblait à du Coréen en moi, ne rien savoir des Asiatiques, ne rien savoir de la Corée. J'ai constamment été tiraillée entre le désir de tout effacer de la Corée et celui de m'approcher des Coréens.
Il y a eu aussi un nouvel élève vietnamien. Je détestais quand les élèves me demandaient si c'était mon petit frère car je croyais qu'avoir un frère à l'air chinois me rendait encore plus chinoise. Je détestais encore plus quand mes amies m'emmenaient pour aller jouer avec "l'autre Chinois" car j'avais honte de me trouver à proximité d'un autre Chinois.

Quand mes parents m'ont emmenée à l'église coréenne de Montréal, je me suis sentie étrangère parmi les immigrés coréens. D'une part, je ne voyais que leurs yeux de Chinois. Mes parents-A semblaient normaux et les immigrés coréens me semblaient anormaux. À cause de ma culture blanche, j'avais l'impression d'être plus normale que les immigrés coréens; j'étais fière d'être du bon côté, le côté des blancs. D'autre part, les immigrés coréens ne me considéraient pas comme une Coréenne mais comme une "blanche"...

Ma vie de transraciale.
Dans ma deuxième école, une école catholique privée pour les filles seulement, plus personne ne se moquait de moi. J'étais aussi complètement assimilée puisqu'on m'avait violée de tout mon intérieur; ma culture et ma langue de naissance jusqu'à ma fierté d'être une Coréenne avaient disparu de mon intérieur. Dans mes deux premières années à ma nouvelle école, les religieuses accueillaient des réfugiés cambodgiens. Même si je n'étais plus moquée, j'avais honte de me trouver à leur proximité car j'avais honte de leur yeux. Je n'avais pas envie d'être en leur présence de peur de redevenir jaune.

En dehors de mon école où je me sentais en sécurité, je savais que le monde était dangereux pour moi à cause de ma peau jaune et mes yeux bridés car j'avais été menacée par des adolescents à deux reprises. La première fois, un adolescent m'avait appelée: "Hé! Chinoise!" en me laissant un ballon panier vers la direction de ma tête pendant que je roulais en vélo. Bien évidemment, les adultes qui se trouvaient avec l'ado n'avaient rien fait pour le corriger alors que j'avais été très proche de me faire blesser. La deuxième fois, un autre ado m'avait menacée de ma faire du mal. "Hey! La sale Chinoise! Regarde-moi, je vais te faire du mal!" et il s'était dirigé vers moi en tenant une grosse boîte qu'il menaçait de jeter sur moi. J'avais peur car l'ado était beaucoup plus grand que moi. Soudainement, j'ai senti ma peine et ma peur s'envoler et j'ai ressenti de la colère. L'ado a pris la fuite quand je me suis mise à courir vers lui en criant "Tu veux me faire du mal? Viens me faire du mal, essaie! Tue-moi!Viens me tuer!!! Peureux!" Pendant quelques secondes, ma colère a été tellement intense que j'ai eu l'intention de tuer ce garçon. Les quelques secondes de colère passés, j'ai réalisé que s'il allait chercher ses parents, je ne pourrais pas me défendre. Je sentais mon coeur battre rapidement, j'avais la nausée et j'avais peur. Je me demandais pourquoi j'étais condamnée à vivre avec un corps d'Asiatique dans un pays des blancs. J'ai haï mes parents-A de m'avoir fait venir dans leur société qui n'acceptait pas ma race, j'ai haï les Québécoise de "m'accueillir" dans leur socité, mais j'ai surtout haï les Coréens de m'avoir envoyée dans un pays étranger sans mon consentement. Je n'en ai jamais parlé avec mes parents-A car de toute façon, mes parents blancs m'avaient clairement démontré qu'ils étaient incapable de me comprendre une adoptée coréenne.

Par la suite, j'ai pris la ferme résolution de ne plus sortir et je n'ai plus jamais sorti toute seule. En restant toujours dans mon milieu sécuritaire de l'école ou de la maison, j'ai commencé à me considérer comme une blanche. La plupart du temps, j'oubliais que j'étais une Asiatique car je ne me regardais pas souvent dans un miroir.
J'ai même fini par oublier ma honte d'être une Asiatique pendant longtemps jusqu'à ce que mes parents-A rencontrent une Coréenne parmi leurs clients de leur magasin. D'abord, j'ai été heureuse de rencontrer une Coréenne puis, en me trouvant dans un milieu public avec la Coréenne et sa fille, j'ai soudainement réalisé que toutes les deux avaient les yeux de Chinoises tout comme les miens. J'avais peur que quelqu'un pense que nous étions soeurs car je croyais qu'avoir une parente Chinoise me rendrait doublement Chinoise. J'avais envie de dire à tous les Québécois, que cette femme et moi n'étions pas de la même famille, j'avais surtout envie de leur dire que mes parents étaient blancs comme eux et donc, moi aussi j'étais blanche.


Désir d'être blanche.

Je disais souvent à ma mère-A que je voulais avoir des yeux comme les siens (et comme ceux de tout ceux qui m'entouraient), je parlais d'avoir une chirurgie esthétique pour me débarasser de mes yeux de sale Chinoise. Au début, elle me répondait qu'elle ne comprenait pas mon désir car elle trouvait que j'avais de beaux yeux bridés, des yeux en amande qu'elle aimerait avoir. Je me sentais incomprise. Avec le temps, je parlais moins fréquemment de mon désir d'avoir des yeux ronds comme ceux de mes parents. Quand il m'arrivait d'en parler, ma mère-A répondait: "Mais, je ne te comprends pas. Je ne remarque même plus que tu as des yeux bridés. Je ne me rends même plus compte que tu es ma fille adoptive." Je ne la croyais pas, c'était impossible qu'elle ne remarque plus mes yeux car dès qu'elle voyait d'autres asiatiques, elle me le faisait remarquer. Ma mère-A ne me comprenait pas, elle ne comprenait pas ma honte, ni ma haine et elle ne me comprendrait jamais. Ne pas être comprise me faisait autant de mal que d'être une Asiatique.

Parler de racisme.
Ce n'est que dans ma quatrième ou cinquième année au Québec que j'ai appris les mots "race" et "racisme". En parlant de racisme, ma mère-A disait: "Nous aurions pu adopter une Noire mais je ne voulais pas car une enfant noire aurait souffert plus de racisme et nous n'aurions pas supporter de voir souffrir notre enfant. Les gens sont plus racistes envers les noirs que les Asiatiques, c'est pour ça que nous avons préféré adopter une Coréenne." Mon père-A ajoutait: "Oui, ça c'est vrai. Ce que tu as vécu dans ta première année au Québec, c'est rien par rapport à ce qu'une enfant noire aurait vécu. Les gens sont racistes envers les noirs plus qu'envers les Asiatiques" Ces discussions me faisaient mal!!! Ils ne comprenaient pas mes peines, ils ne me comprenaient pas et ils minimisaient mes peines ou ils invalidaient tout ce que je pouvais dire avec mes mots d'enfants! Ils auraient mieux fait de se taire! Je ne pouvais même pas exprimer ma colère et leur dire que dans ma première année au Québec, les enfants noirs de l'école faisaient partie des moqueurs invétérés et que ces enfants noirs n'étaient pas aliénés comme moi.

J'ai survécu à ma honte d'être une Asiatique en évitant le plus possible de me regarder dans le miroir. Quand les autres adolescentes ont commencé à se maquiller, moi, je ne me maquillais pas car il aurait fallu que je regarde le miroir. Je réussissais à oublier que j'étais une jaune. Au Cégep, c'est la première fois que j'ai vu un groupe d'Asiatiques (des Vietnamiens) mais à cause de ma honte, je n'essayais pas de les aborder. De toute façon, l'un d'eux a clairement dit que je n'étais pas des leurs parce que je ne parlais par leur langue. J'avais toujours cette impression de n'appartenir à ni l'un, ni l'autre. Je ne "fittais" nulle part. De peur d'être rejetée, je n'allais jamais vers les autres mais j'attendais qu'ils viennent vers moi. Pour ne pas montrer que j'étais seule, je passais mon temps à lire à la bibliothèque.
Je n'étais pas préparée à être perçue comme une Asiatique, donc
j'ai passé ma première année d'université dans la solitude, puis après avoir changé de programme, j'ai pu passer des moments "confortables" avec un groupe d'amis dont certains étaient des Asiatiques francophones. C'était la première fois que j'osais me tenir avec des Asiatiques.

Mais à cause de ma honte, je n'ai gardé aucun de ces amis. J'ai rencontré un super gentil immigré vietnamien mais j'avais tellement honde de lui, j'avais tellement l'impression d'être doublement Chinoise et d'être une immigrée alors que je ne l'étais pas, la relation n'a pas pu durer.
Je pouvais avoir des amis blancs ou noirs mais surtout pas jaunes. Fuir les Asiatiques est devenue ma devise car les Asiatiques mes rappelaient constamment ma honte d'être une sale Chinoise.

Racisme intériorisé.
Pendant mon séjour en Corée (pour chercher ma famille-B), j'ai commencé à me sentir normal. Je me sentais normale! J'étais étonnée de voir beaux coréens et des belles coréennes mais j
e continuais à ne remarquer que les yeux de Chinois en regardant ces millions de Coréens et j'avais du mal à m'habituer aux yeux bridés de mes soeurs-B car au cours des années, j'avais fini par imaginer qu'elles étaient rendues blanches comme moi. Mais, je ne ressentais plus la honte d'être une Asiatique.
J'aurais voulu rester en Corée pour pouvoir vivre ma vie sans ressentir la honte d'être une Asiatique mais il y avait un problème tout à fait différent. J'étais différente de ma famille-B culturellement, différente de tous les Coréens. En étant entourée de Coréens, je me rendais compte que sans arrêt mon cerveau faisait des réflexions en français et j'avais mal à la tête de penser en français; j'avais même peur que des Coréens entendent mes pensées silencieuses. Je n'ai de place nulle part, je n'ai pas de pays.
Les Québécois regardent mon extérieur coréen et les Coréens regardent ma culture québécoise.

J'ai préféré revenir au Québec. De toute façon, je me suis dit qu'en 2001, plus personne ne se moque de mes yeux. Mais c'était faux. En dedans d'une semaine, ma honte d'être une Asiatique est revenue et quelques semaines après mon retour, je me suis faite traitée de sale Chinoise par un vieux qui croyait que je voulais prendre sa place de stationnement et je me suis fait moquer par un enfant qui a tiré ses yeux exactement comme en 1976. Constamment, je me disais que je dois aller vivre là-bas et j'y suis retournée. Une fois là-bas, je n'ai pas arrêté de me dire que j'étais mieux au Québec et à cause de ma haine et ma colère envers les Coréens, je n'ai pas pu rester.

J'ai préféré quand même vivre au Québec où je peux avoir des amis blancs qui ne me font jamais remarquer que j'ai les yeux d'une Asiatique. C'est plus facile d'oublier mon corps d'Asiatique que d'oublier ma culture transraciale. À nouveau, j'arrivais à oublier ma face de Chinoise mais il y a deux ans, quand je me suis mariée (à un blanc), j'ai recommencé à remarquer ma sale face de Chinoise. C'est difficile d'oublier car pour moi, mon mari est blanc et moi, je suis jaune; lui est normal et moi, je suis anormale. D'avoir une comparaison constante entre le normal et l'anormal m'a fait revenir ma honte d'être une Asiatique. Je sais qu'il m'aime mais c'est plus fort que moi, parfois, je hais ma race, je voudrais me débarasser de mes yeux d'Asiatique et être blanche comme lui, exactement comme quand je vivais avec mes parents-A.
Je ne passe pas mon temps à parler de ma honte, je vis comme n'importe qui, je ris comme n'importe qui mais j'ai mal continuellement. Il m'arrive même de ressentir le mal pendant que je ris mais je ne le dis pas à personne, je vis comme ça depuis que j'ai été exportée mais personne ne le sait.

Y-a-t-il une solution?
En viellissant, je me rendais compte que ressentir la honte et haïr mes yeux n'est pas rationnelle. Il y a trois mois, pour la première fois de ma vie, j'ai parlé de ce que je ressens à un groupe fermé d'adoptés transraciaux "en colère" et pour la première fois, je me suis sentie écoutée car ils n'ont pas invalidé mon vécu, ils n'ont pas non plus minimisé mes souffrances. Au contraire, ils m'ont dit que ce que je vis s'appelle le racisme intériorisé (internalized racism). Ils m'ont parlé d'un livre écrit par Frantz Fanon, "Black mask, White skin". Je ne l'ai pas encore lui mais je sais qu'il décrit les effets psychologiques d'une exposition au racisme; ça raconte l'histoire d'un noir qui a été élevé dans un milieu de blancs et qui se perçoit comme un blanc. Une des KAD qui m'a parlé de ce livre a quitté son pays-A pour aller vivre en Corée.
Mais le problème qu'elle vit là-bas est tout autre; elle est aliénée culturellement, je la comprends, je l'ai vécu pendant mes deux courts séjours en Corée. Pouvoir nommer un problème avec des mots me donnent un certain contrôle mais pas la solution. Si vous êtes un KAD ou un adopté transracial qui a déjà vécu cette situation et que vous avez réussir à vous en sortir, dites-le moi; donnez-moi, donnez-nous la solution pour combattre les effets du racisme, pour combattre le racisme intériorisé; dites-moi comment aimer mon corps coréen.

Ma colère.

Ce que j'ai trouvé le plus difficile après le décès de ma mère a été de devenir une immigrée alors que j'avais toujours eu des privilèges d'une non immigrée blanche. Mes parents-A ne m'ont jamais préparée à être perçue comme une immigrée et ils m'ont élevée comme une blanche. Quand mes parents-A critiquaient des immigrés, ils ne parlaient pas de moi. Je déteste me faire traiter d'immigrée, je déteste être perçue comme une immigrée car je ne suis pas une immigrée, ni une enfant d'immigrés. Je suis un produit importé, j'ai été achetée par les Québécois. Je suis un produit exporté, j'ai été vendue par les Coréens.
Je suis en colère après les Coréens de m'avoir exportée et rejetée, je leur en veux de m'avoir envoyée sans changer mon corps d'Asiatique. Je suis en colère après les Québécois de m'avoir importée, de m'avoir assimilée, de m'avoir violée de toute ma culture coréenne et de m'avoir rendu blanche, je leur en veux d'avoir changé ma culture sans changer mon corps.
J'en veux aussi aux infertiles égoïstes qui ne pensent qu'à leur besoin de fonder une famille, j'en veux à la société québécoise qui se bat pour ne pas perdre leur culture et la langue française sans avoir de remords à assimiler la culture de leurs enfants achetés.L'adoption transraciale, c'est le non respect de l'être humain de préserver sa culture. Hypocrisie!

J'en veux aux agences d'adoption internationale, particulièrement à Holt Children's Service.

Ne m'invalidez pas mon vécu en disant que je suis belle ou qu'il faut apprendre à m'accepter. Si vous avez l'intention de me dire ça, c'est que vous ne me comprenez pas du tout comme mes parents-A ne m'ont jamais comprise.
Comment des parents blancs peuvent-ils comprendre leur enfant de couleur?