4 janv. 2008

Les mensonges derrière mon adoption.

Mon adoption n'est ni le résultat d'un trafic d'enfants, ni celui d'un kidnapping mais c'est le résultat de mensonges fabriqués par une agence d'adoption comme la plupart des adoptions internationales.

J'ai (j'avais) une famille bien connue.
Née à Séoul, j'étais la cadette d'une famille de 4 enfants. Mon père travaillait dans la construction jusqu'à ce qu'il perde son emploi suite à un accident de travail qui a laissé son bras presque paralysé. Ma soeur aînée était déjà mariée et j'avais six ans quand notre mère est décédée dans un accident d'autobus. Mon père, qui tentait de nous trouver une nouvelle mère, a perdu tout l'argent qu'il avait obtenu des assurances provenant du décès de notre mère. Sa première fiancée a disparu sans laisser de trace après avoir obtenu son prêt; quant à la deuxième, elle ne voulait plus le marier, ni le rembourser; comble de malheur, une famille à qui mon père avait prêté l'argent a déclaré faillite. Malgré la pauvreté, je ne souffrais pas de car j'allais manger chez ma soeur aînée n'importe quand. La situation était différente pour mon père puisque ma soeur aînée et lui ne s'entendaient pas et refusaient de se voir. J'allais souvent voir mon frère qui avait quitté ses études pour aller travailler tout près de chez nous.

À chaque semaine, mon père m'envoyait en campagne pour aller réclamer l'argent que ses débiteurs lui devaient. Un jour, il a demandé à ma grande soeur de m'accompagner pour qu'elle puisse me remplacer de temps en temps. Comme d'habitude, les gens n'avaient pas l'argent nécessaire pour nous rembourser mais ils ont proposé à ma soeur de travailler comme bonne pour une famille très riche. Mon père a refusé cette proposition et a renvoyé ma soeur en campagne pour qu'elle leur demande de nous rembourser mais elle n'est jamais revenue. Chacun de leur côté, ma soeur aînée et mon père ont essayé de faire revenir ma grande soeur mais sans succès.
Pour sauver les coûts de transport et aussi parce que nous ne pouvions plus payer de loyer, nous avons déménagé en campagne. Chaque jour, j'allais voir la famille qui nous devait de l'argent mais elle refusait de nous rembourser. Nous avons vécu dans l'extrême pauvreté jusqu'à ce que mon père m'emmène voir le patron de ma grande soeur. Pendant que mon père m'attendait dans la rue, je devais faire comprendre au patron que mon père allait retirer ma soeur s'il refusait de nous donner l'argent de sa paie. Je faisais le va-et-vient entre les deux parce que l'un refusait et l'autre menaçait, jusqu'à ce que je ne trouve pas mon père là où il devait m'attendre. Je me suis crue abandonnée et sans attendre une seconde, j'ai marché tout droit devant moi pendant toute la journée et la soirée jusqu'à ce qu'un monsieur me demande pourquoi je pleurais.

1er mensonge
Au poste de police, j'ai donné l'adresse complète de mon ancienne maison à Séoul, en précisant que ma soeur aînée habitait près de là et que j'étais même capable de retrouver ma nouvelle maison en campagne puisque j'avais voyagé des tas de fois toute seule. J'ai aussi parlé de mon frère qui travaillait près de mon ancienne maison. On m'a transférée à un autre poste de police, puis à une place pour enfants perdus puis à un orphelinat. À l'orphelinat, j'ai à nouveau donné mon ancienne adresse sans oublier les autres détails. La dame qui avait noté tout ce que je disais a promis qu'elle ferait tout son possible pour retrouver ma maison. À 7-8 ans, je croyais qu'il était très difficile de trouver une maison, donc je me suis fiée à sa promesse et j'ai attendu.

2ième mensonge
Trois mois plus tard, un homme visitait l'orphelinat. Comme la première fois, il demadait aux enfants qui connaissaient leurs adresses de lever la main. J'ai donné pour une troisième fois mon ancienne adresse à Séoul, sans oublier de mentionner que je pouvais retrouver ma nouvelle maison en campagne à partir de là et que je pouvais aussi aller habiter chez ma soeur aînée. À nouveau, j'ai eu plein d'espoir quand cet homme nous a promis de revenir nous chercher aussitôt qu'il aurait retrouvé nos maisons. Une semaine plus tard, il est revenu nous chercher: je croyais que c'était pour me retourner à la maison mais en fait, ce monsieur aussi avait menti!

3ième mensonge.
En fait, il n'avait jamais cherché nos maisons car il travaillait pour l'orphelinat Saint-Paul. Pendant mes dix mois passés à cet orphelinat, je n'ai pas pu fréquenter l'école car, disait-on, "Les nouvelles ne peuvent pas aller à l'école car elles s'en vont aux États-Unis bientôt". Je n'avais aucune idée de ce que le mot "États-Unis" voulait dire et pendant tout mon séjour à cet orphelinat, je croyais que ce monsieur continuait à chercher mon ancienne maison très fort. Pendant ce temps, j'étais heureuse d'être à cet orphelinat car j'avais plein d'amies, il y avait pleine d'activités, j'étais bien nourrie et bien traitée (tout le contraire du premier orphelinat où nous étions battues tous les jours). La seule peine que j'avais, c'était de ne pas avoir mon père et même si je savais que je ne vivrais plus dans le confort, j'espérais très fort qu'on le retrouve très bientôt. Je parlais fréquemment de mes soeurs, de mon frère et mon neveu ainsi que de ma nouvelle nièce que je n'avais vue que deux fois.

4ième mensonge.
Dès notre arrivée, on nous a réunies dans un bureau devant des hommes (des employés de Holt Children's Service) pour nous questionner. J'étais la seule à connaître ma date de naissance mais ces messieurs nous ont attribué des nouvelles dates de naissance. Au lieu que je sois née le 13 août, on m'a donné une autre date en novembre! Nous prenions ça comme un jeu car nous trouvions ça très drôle, au lieu d'avoir 10 ans, les unes en avaient 8 ou 9, d'autres 7 ans. Je ne doutais même pas que ce jeu de monsonges n'était qu'une première étape vers l'adoption internationale!

5ième mensonge.
Tous les enfants parlaient des États-Unis comme si c'était un pays de conte de fée. Par exemples, on disait: "Aux États-Unis, le lait coule des murs", "Aux États-Unis, la pâte dentifrice est rouge et on peut l'avaler comme du bonbon." Pendant ce temps, aucun adulte n'intervenait pour nous expliquer. Plusieurs de mes amies sont parties aux États-Unis et moi-même, j'ai commencé à rêver des États-Unis tout en continuaant à espérer revoir mon père. Je savais que quand une amie partait pour les États-Unis, elle quittait l'orphelinat pour de bon mais je n'avais toujours pas une idée précise à part que c'était un pays des riches où des parents riches nous attendaient.
Finalement, le jour de mon départ pour les États-Unis est arrivé. La religieuse m'a emmenée à un endroit (au bureau de Holt), et de là, une travailleuse sociale m'a emmenée aux États-Unis.... En fait, entre le bureau de Holt et les États-Unis, il s'était écoulé à peine deux minutes de trajet en autobus mais je me croyais déjà aux États-Unis parce que personne ne m'avait expliqué ce mot encore. Mensonge par omission! Je n'étais pas la seule "naïve" qui ne connaissait pas ce mot puisqu'une fillette plus âgée que moi était revenue un jour à l'orphelinat et prétendait qu'elle avait été aux États-Unis mais qu'elle n'avait pas aimé ça. Je n'ai compris que rendue en Amérique qu'en fait, c'était une maison d'ajustement.

Découverte des mensonges.
Ce n'est que dans ma 2ième année au Canada que j'ai découvert les mensonges sur les papiers d'adoption

Ce document, appelé Hojuk, est un registre de famille qui enregistre les naissances, les décès, les mariages, etc. Celui-ci étant une traduction, il est écrit au bas "true and correct translation". Pourquoi n'y a-t-il aucune information sur mes parents alors que j'avais vécu plus de 8 années avec ma famille? C'est parce que ce Hojuk est fabriqué spécialement dans le but de l'adoption. En Corée, les agences d'adoption et le gouvernement fabriquent un hojuk d'orphelin pour pouvoir expédier leurs enfants dans le but les faire adopter dans d'autres pays. Les ratures qui sont là ont été faites par moi pendant que j'étais en colère. Ma date de naissance est un mensonge et les informations concernant mes parents n'ont pas été écrites.
Plus de 25 ans plus tard, j'ai retrouvé toutes ces informations bien inscrites sur les registres du premier orphelinat. J'ai même retrouvé mon ancienne adresse que j'avais donné à chaque endroit où j'avais séjourné mais ni l'orphelinat Saint-Paul, ni l'agence Holt n'ont jugé bon d'écrire ces informations. Selon la traductrice qui m'accompagnait, l'adresse que j'avais donnée était étonamment complète pour une enfant de 7 ans: on aurait pu facilement retrouver ma maison si on s'était donné la peine de se déplacer mais ces sales menteurs ont préféré fabriquer un papier pour pouvoir m'arracher de mon pays et m'envoyer dans un pays étranger. Pourquoi? Pour se faire des milliers de dollars en me vendant légalement par le biais de l'adoption internationale!

Sur cet autre document, mon lieu de naissance est inconnu mais, si on s'était donné la peine d'aller voir ma soeur aînée, on aurait pu savoir que je suis née à Séoul. On a indiqué aussi que les cirscontances qui m'ont emmené à être "adoptable" est l'abandon mais personne n'a pris la peine d'aller voir un membre de ma famille pour obtenir leur autorisation de m'envoyer en adoption.
En plus de ces mensonges, sur les rapports de mes progrès, l'agence d'adoption a écrit que j'étudiais les mathématiques tous les soirs (alors que je n'ai jamais fréquenté l'école pendant mon séjour à l'orphelinat), elle prétend aussi que je prenais du lait et du pain tous les jours, ce qui est absolument faux! Ces deux nourritures m'étaient inconnues jusqu'à mon arrivée en Amérique.

Après les mensonges, b*llsh*t
Après tous ces mensonges, on m'a expédiée avec un visa de voyage coréen dans le but d'adoption. Cette fois, puisqu'on a besoin d'un lieu de naissance, on a inscrit que je suis née à Séoul. On a hachuré "bearer's return" (retour du porteur), on m'envoie pour de bon comme un vulgaire produit. Et moi qui croyais que j'allais au>x États-Unis pour un court séjour! Quel crime avais-je commis pour être expédiée au loin sans avoir la possibilité de retourner dans mon pays?

Mesonges des acheteurs
Récemment j'ai découvert que mes adopteurs aussi avaient menti en inscrivant sur la demande d'adoption qu'ils étaient des citoyens américains. Trop pressés de remplir leur poche d'argent, l'agence d'adoption et le gouvernement coréen n'ont même pas vérifié au préable la véracité des papiers. Mon entrée aux États-Unis étant illégale, l'immigration m'a accordé un visa pour cause humanitaire. En plus de ces mensonges, mon adopteur qui avait 5 enfants biologiques de son premier mariage, avait écrit qu'il avait seulement 3 enfants. Mon adoption a été finalisée plus de deux ans après mon arrivée mais pour cela, mes adopteurs ont dû retourner au Canada, dans leus pays de naissance.

Je me rappelle d'une visite d'une dame quand j'habitais le Maine mais personne ne m'avait expliqué que cette dame était une travailleuse sociale. De toute façon, elle ne parlait pas le coréen. Si on m'avait donné le droit de m'exprimer, j'aurais choisi de retourner dans mon pays natal avec mon père.

Perdue mais non abandonnée.
Lorsque j'ai retrouvé ma famille biologique, j'ai appris que mon père ne m'avait pas abandonnée. Il est mort 3 ans après m'avoir perdue.

L'adoption internationale est une grande business qui sert à l'intérêt d'un couple sans enfant. C'est mal d'arracher un enfant de son pays et de sa culture pour combler les désirs des adultes qui veulent à tout prix un enfant. Le meilleur intérêt d'un enfant est d'être élevé par ses parents biologiques et en second lieu, être adopté dans son pays. De plus, les enfants qu'on envoie en adoption internationale ont tous un parent ou une famille élargie qui pourraient les élever mieux que des étrangers de races différentes. Il est injuste que des parents pauvres n'aient pas le droit d'élever leurs propres enfants biologiques et que des riches parents infertiles prennent les enfants des autres sous prétexte qu'ils "sauvent" des enfants d'un pays pauvre.

4 commentaires:

kh82 a dit…

bonjour, je suis francais adopte d'origine coreenne et ca fait quelques temps que j qi decouvert ton blog, avec lequel je partage les memes opinions.
Tout ce que tu y dis me conforte sur mon avis concernant l'adoption internationale coreenne, qui arrive a justifie le bien fonde de leur "exportations" en toute légalité tout en cachant l'énorme profit engendré. Ton expérience écrite sur ce billet est d une certaine facon semblable avec la tienne. N'ayant pas encore tous les details en main j'attends mon prochain voyage pour me faire une opinion plus precise.
Sinon, je trouve que ton histoire meriterait d etre diffuse, as tu deja contacte la presse coreenne ou des associations pour temoigner de ce systeme perverti? En tout cas continue comme ca.
a bientot.

Anonyme a dit…

Bonjour Myung-Sook,

Comme toi je suis en enfant adopté, déraciné à l'âge de 2 ans de son pays natal. Je crois avoir de la chance, car dans mon dossier figure tous les documents originaux (actes de naissances de mes parents, etc...), et la Holt vient de retrouver ma mère biologique. Je ne sais pas encore si j'en suis heureux.
J'ai entendu beaucoup de choses sur la raison des abandons en Corée. Mes parents ont divorcé, ce serait la raison pour laquelle j'ai été abandonné. Cela reste obscure comme raison. Mais pour me rassurer je discute de cela avec ma prof de Coréen, une coréenne de 50 ans qui a quitté la Corée il y a plus de 20 ans.
Comme toi, je redoute que toutes les informations que l'on nous donne soit fausses ou transformées. J'en vient même à me demander ou est la vérité dans tout ça. Est-il possible d'avoir confiance ?
Je ne sais pas. Mais je sais qu'il faut rester fort quoi qu'il en soit. Nous enfants abandonnés nous avons un fardeau à porter à vie. Et quel fardeau. Personnes à part nous ne peut réaliser.
Malgré que je me suis maintenant à peu près construit, je réalise à quel point l'adoption est finalament un mal. Car à aucun moment il est question de pense au bien être de l'enfant. L'adoption c'est le bien être de l'impérialisme occidental qui prétend qu'avec sa pseudo richesse il détient le bonheur des autres et veut leur imposer leur vie en flattant son ego. La vrai aide, c'est l'aide sur place, le parrainage. Ce n'est pas choisir pour les autres. L'adoption c'est la lacheté des Etats de ne pas prendre le problème de l'abandon à bras le corps (pauvreté, raisons sociales) et d'en faire un marché prolifique.
L'adoption, c'est le plus grand fardeau pour enfant, au dela de ses différences, la conception de lui même, ne jamais comprendre qui il est , qui il aurait été et qui il sera.

On nous a demandé à nous enfants abandonnés, enfants adoptés d'être des super héros.
Pour finir sur une bonne note, je dirai qu'on y est tous arrivés...

*** Bonne Année ***

malick cyrille ndiaye a dit…

merci ma soeur
tu confirmes ce que je pensais je suis africain de l'ouest mais j'aime la coree
totu a l'heure je mettrais une histoire sur le president de l'assemmblee nationale du niger_ et une adoption illegale

malick cyrille ndiaye a dit…

voila la lien
http://www.france24.com/fr/20140828-niger-trafic-presume-bebes-president-parlement-nigeria-mahamadou-issoufou/